Sel. Ind. Ep., p
2. Mon. Xav., p. 448, 20 janvier 1548. A la rigueur, saint Ignace, au reçu de cette lettre vers septembre-octobre de cette même année, eût pu satisfaire immédiatement au désir de François, et le Père demandé, parti en mars 1549, fût arrivé en août-septembre. Mais c'est surtout dans sa lettre du 12 janvier 1549, que le saint précisait les besoins du collège et la réponse ne pouvait venir que plus tard.
pour augmenter leur mérite et assurer l'ordre dans leur vie'. Mais il faut que chacun reste à sa place, et Paul de Gamerino laissera Gomez administrer le collège comme il lui plaira. De même pour tout ce qui est dépenses, recouvrement des rentes, requêtes au gouverneur et àl'évêque en faveur des néophytes. Il n'a pas d'ordres à donner au recteur, qu'il s'en tienne à des conseils d'ami. « Encore un coup, je vous en prie, par l'obéissance que vous avez promise au Père Ignace, je vous oblige, autant que je le puis, à fuir, dans vos rapport avec Gomez, les discordes, les brouilleries. Qu'il n'y ait qu'amour et charité; que personne, ni au dehors, ni au dedans, ne puisse trouver en votre conduite une occasion de murmure. »
« Aux frères qui sont au loin endurant force labeurs», Paul de Gamerino écrira avec amour et charité. Il ne leur enverra pas les nouvelles qui pourraient diminuer en eux ï amour {causas de clesamor) ou les induire en tentation (comme serait le récit de conflits entre supérieurs). Il les pourvoira du nécessaire. « Ils ont tant à souffrir au service de Dieu, surtout ceux des Moluquesetducap Comorin ! Eux, vraiment, portent la croix. Aidezles donc au spirituel, et au temporel aussi en vue du spirituel. Gela, je vous le recommande fort, au nom de Dieu et du Père Ignace; je vous l'ordonne, ayez grand soin de ceux qui sont au loin ».
Paul de Gamerino lui écrira régulièrement et en détail, «sur lui, sur toute la maison, sur ses rapports de charité avec Antoine Gomez, sur tous ceux qui sont au cap Gomorin, sur Gypriano qui est à San Thomé, sur ceux qui, cette année, viendront du Portugal; s'ils sont prédicateurs, s'ils sont prêtres ou laïques; sur tous, des nouvelles détaillées ; de prédicateurs, tant ; de prêtres, tant; tant et tant de laïques. Et cela, par le vaisseau qui, en septembre, part pour Malacca et Banda ».
S'il arrive des prédicateurs, il faudra en envoyer à Gochin, à Diu, ailleurs encore, là où les besoins sont plus grands. Quant aux Pères du Gomorin, de San Thomé, Goulam, Maluco, Ma-
1. Comparer saint Ignace, Constiiutiones, Proemium. On y verra que ce grand docteur de l'obéissance religieuse avait d'abord songé à ne pas donner de règles à ses disciples, comptant avant tout sur la « loi intérieure d'amour que le Saint-Esprit écrit au cœur » des hommes de bonne volonté.
lacca, Ormuz, personne n'a le droit de les rappeler à Goa : « Vous ignorez le bien qu'ils font et le tort que causerait leur absence '. »
En somme, Xavier laissait encore très large la part d'Antoine Gomez. Il demeurait le maître au collège. Par ses mains passaient toutes les affaires temporelles des diverses maisons, toutes celles du moins qui devaient être soumises aux autorités auprès desquelles il était en faveur. Près de lui, Paul de Camerino ne jouait que le rôle délicat de modérateur et de conseiller; mais, aux yeux des missionnaires dispersés, il restait le vrai représentant de Xavier, l'autorité douce et paternelle.
François pouvait-il faire davantage ? Pareilles combinaisons n'étaient que demi-mesure. Etant donné les caractères, les tiraillements ne pouvaient tarder: ou plutôt, Paul de Camerino, très humble, avide de travail silencieux, n'étaitpas de force à lutter contre les empiétements du recteur. Mais ne fallait-il pas se résigner à des désordres passagers, quand ce ne serait que pour ouvrir les yeux du public sur le fort et le faible du prédicateur trop populaire? Xavier ne pensait pas que les inconvénients plus ou moins prévus de ce partage dans l'autorité dussent lui imposer le sacrifice de ses projets sur le Japon. Les avantages qu'il attendait de son voyage, l'ouverture à l'Evangile d'un pays nouveau, comme celui dont il rêvait depuis trois mois, ne devaient-ils pas compenser, et au delà, la situation fausse où, pour un an ou deux, il laissait les Pères du collège?
Après tout la situation était prospère. Cette année 1548, que François venait de passer aux Indes, avait vu doubler le nombre des missionnaires. Ils s'installaient à Baçaim, à Cochin, San Thomé, Coulam, Malacca. Ils devaient renoncer à Socotora, mais l'un d'eux partait pour Ormuz.