Epistolae Indicae, 1556, p
de conseils aux prédicateurs, c'est bien sa propre expérience qu'il a condensée en ces quelques pages^
x'Vvant tout, dit le saint, le prédicateur doit ne pas « s'oublier lui-même » ; et il insiste sur l'examen de conscience à faire deux fois le jour, sur les ministères humbles et mortifiants. Barzée ne se déchargera sur personne du catéchisme aux enfants, aux esclaves, aux indigènes. Il visitera les pauvres de l'hôpital, les servira, et les préparera aux sacrements. Dans les prisons, il se fera l'aide et l'inspirateur des confrères de la Miséricorde-.
L'humilité doit être la base de l'apostolat, mais une humilité universelle et pratique. Ce point tient au cœur de Xavier : jusqu'à la fin de sa vie, il le répétera, blâmant les Jalousies entre ouvriers évangéliques, dénonçant l'amour-propre qui se voile sous ce qu'on appelle de saintes colères. « Vous serez tout à fait et grandement obéissant au vicaire de la ville. Aussitôt arrivé, allez lui baiser la main, les genoux en terre. Demandez-lui permission pour prêcher, confesser, exercer vos autres ministères. A aucun prix, ne vous brouillez avec lui ; faites tout pour gagner son amitié. Tâchez de lui donner les Exercices, au moins ceux de la première semaine. De même avec les autres prêtres de l'endroit. » Dans le même esprit de subordination, il disait plus loin : « Ecrivez au seigneur évêque tout le fruit que Dieu vous donnera de faire ^. »
Déférence pour les autorités civiles : « Je ne vous recommande pas moins l'obéissance, l'humilité et le respect envers le capitan. Pas de brouilles, quels que soient ses torts. Quand vous sentirez que vous êtes son ami et que vous pourrez espérer lui faire quelque bien, allez le trouver et, d'un visage joyeux et doux, humblement et amicalement, lui faisant bien sentir que c'est pour le bien de son âme et de son honneur, représentezlui les bruits qui courent sur son compte^. »
1. Les Mon. Aac. (Doc. 150, p. 858 et 870) en donnent deux rédactions portugaises. Le fond est identique, à quelques lacunes près dans la seconde. Les détails difTèrent. Mais ce mémoire ne fut pas remis par Xavier au seul Barzée : il fut communiqué à d'autres (p. 870), et, par suite, modifié par le .saint lui-même.
Une autre puissance dans les forteresses, ce sont les confréries de la Miséricorde. Elles groupent tout ce que les colonies contiennent de sain et d'honnête. Il faut les aider et s'en faire aider. Lorsque, dans les confessions, Barzée trouvera matière à restitution, et que le légitime possesseur sera introuvable, que l'argent soit donné à la Miséricorde. Que les aumônes se fassent par son intermédiaire. C'est le meilleur moyen de n'être pas trompé par les pauvres, de ne pas se laisser paralyser par les quémandeurs, et de coupercourtaux soupçons calomnieux^
Xavier prêchait la prudence, mais cette prudence sacerdotale qui consiste avant tout à n'être que l'homme de Dieu. Donc, « que toute votre conversation soit des choses divines. Traitez avec vos meilleurs amis comme si l'heure devait venir où ils se tourneront contre vous^. Ainsi tout les édifiera : vos paroles et vos actes; et, si jamais ils cessent de vous aimer, ce leur sera une source de reproches intérieurs et de confusion ^ ^>.
Pas de ces intimités qui compromettent la liberté apostolique, et risquent de lier un jour les mains du prêtre ou de lui fermer la bouche : « Vous rencontrerez des gens vivant dans le péché, et qui cependant rechercheront votre amitié et votre conversation. Leur intention n'est pas d'en profiter pour le bien de leur âme ; mais ils veulent se couvrir de votre autorité et vous empêcher de lés admonester. Ne les repoussez pas, mais veillez sur vous; et s'ils vous demandent quelque chose et que vous la leur accordiez, que ce soit à la condition qu'en récompense, ils vous laissent toute liberté de les sermonner pour le salut de leur âme. S'ils vous invitent à dîner chez eux, payez-les en les invitant à se confesser. Et, s'ils ne veulent pas de votre aide pour les choses spirituelles, qu'ils comprennent bien que vous ne voulez pas d'une amitié qui ne vous servirait pas à leur être utile, en ce dont ils ont tant besoin ■*. »
Ne pas recevoir les présents des fidèles ; en cas de nécessité,
2. Maxime courante de la sagesse antique. Les philosophes grecs et latins l'ont plus d'une fois discutée (Cicéron, De Amicii,, ch. xvi). Sous sa forme paradoxale le conseil appliqué à un prêtre, revient à cette règle élémentaire : « ne rien faire et ne rien dire, même devant nos meilleurs amis, qui puisse un jour entraver notre action, ou enlever de son autorité à notre voix sacerdotale ».