‹ Saint François XavierChapitre 502 sur 820 · Lettre 82, n. 10 à 14, p · texte numérisé non relu

Lettre 82, n. 10 à 14, p

124 lA MISSION DU JAPON

lions. Avaient-elles été dénaturées ? Mais quelles intentions profanes pouvait-on bien lui prêter ? Quoiqu'il en soit, il en appelle à sa propre conscience et à Dieu. « Une chose nous console, Dieu sait pourquoi nous allons au Japon. C'est uniquement pour que ceux qui sont l'image de Dieu connaissent leur Créateur, et que le Créateur soit glorifié par les créatures, faites à son image et ressemblance, pour que les limites de la Sainte Mère Eglise, épouse de Jésus-Christ, soient dilatées. . .Cela nous donne la confiance que notre voyage réussira. »

Et puis, quelque obstacle matériel qui s'oppose à lui, toutes les créatures dépendent de Dieu ; elles ne font rien sans le congé de Dieu. Les démons eux-mêmes obéissent à Dieu. L'ennemi ne put faire à Job aucun mal sans l'autorisation de Dieu. Cela dit, il avoue que les dangers sont grands. « Partout labeurs, périls de mort. Ce voyage est très hasardeux; grandes tempêtes, nombreux écueils, force pirates; mais surtout les tempêtes. Quand trois navires quittent un port en ce pays, c'est beaucoup s'il en échappe deux. »

Il y a ici une objection possible. Quelque théologien peutêtre la lui avait opposée à Goa. Peut-être encore le démon la faisait-il passer obstinément devant son esprit sous forme de cas de conscience personnel. «Je me dis bien souvent que nos grands docteurs de la Compagnie, s'ils venaient par ici, en face de ces travaux, qui ne sont pas petits, devant ces dangereux voyages, pourraient s'imaginer que c'est là tenter Dieu, tant le péril est clair, tant il se perd de vaisseaux. » En somme, a-t-on le droit de s'exposer, quand on a une chance sur trois de périr? « Qu'en penseraient les docteurs de la Compagnie? Humainement parlant, ils auraient sans doute l'esprit en peine et en grande peine. » Mais non, ils répondront comme lui, car « l'Esprit-Saint habite en eux », que « tous ces dangers nesont rien ». Et, pour défendre sa solution, Xavier s'abrite derrière son autorité favorite. « J'ai presque toujours devant les yeux de mon âme une parole que j'ai souvent entendu dire à notre bienheureux Père Ignace : « Ceux de la Compagnie travaille- « ront énergiquement à se vaincre, à se débarrasser de toutes « les craintes qui tuent dans l'homme la foi, l'espérance, la con- « fiance en Dieu. La foi, l'espérance, la confiance sont les dons

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« de Dieu ; il les communique à qui il lui plaît, mais le plus « souvent à qui fait des efforts, et des efforts réels pour se « vaincre. »

Cela dit, l'âme établie dans la confiance, François est bien obligé d'avouer que c'est là une vertu malaisée, et, à certaines heures, terriblement difficile à faire passer du désir dans la pratique. « Ce n'est plus du tout la même chose de se confier à Dieu quand on a le nécessaire, et de le faire quand le nécessaire manque, quand on s'en prive volontairement pour imiter Jésiîs-Christ de plus près. Et aussi, grande est la différence entre ceux qui croient, espèrent, se confient loin des périls de mort et ceux qui le font quand, pour l'amour et service de Dieu, volontairement, pouvantl'éviter, ils affrontent cette mort presque certaine. » Mais cette force d'âme a, dès ici-bas, sa récompense proportionnée... « Si je ne me trompe, conclut le saint, les hommes qui, uniquement pour servir Dieu, se condamnent à une vie continuellement menacée, en peu de temps, ils en viendront à abhorrer la vie présente et à désirer l'autre vie pour vivre et régner éternellement avec Dieu dans le ciel. Car leur existence n'est pas une vie, c'est une mort continuelle, un exil, loin de la gloire pour laquelle nous sommes créés'. »

Et maintenant, ce semble, nous pouvons nous faire quelque idée de l'âme de François à l'heure où il s'embarquait pour le Japon. Il part avec entrain, assuré, quoi qu'il arrive, d'être entre les mains de Dieu. 11 va, car il a vu clairement, à certaines heures lumineuses, quelle est la volonté de son Maître. Les nuages sont venus ensuite, accumulés par l'imagination, les discours des hommes, l'action du démon. Mais, en pleine conformité avec la doctrine de saint Ignace, il sait que l'âme désolée ne doit rien changer aux résolutions prises dans la lumière et le calme. Il va, ne cherchant qu'une chose à travers les dangers, le salut des âmes; mais se détachant tous les jours davantage de cette vie misérable, de plus en plus dévoré par le désir du ciel, trop heureux d'y tendre àtravers les souffrances et les hasards. Tout cela, il ne songeait pas à en faire la confidence au public, mais pouvait-il exhorter les missionnaires à la vaillance, sans dévoiler quelque chose du fond de son âme ?

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