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4. Une tradition locale veut que le saint ait abordé à Cua-Bang. « La chrétienté de Cua-Bang est donc la plus ancienne du Tonkin. C'est de là que la bonne nouvelle se répandit dans le pays. Saint François Xavier a béni cette population et la bénédiction d un saint de la taille de ce grand apôtre, porte ses fruits. » Missions catholiques, 1893, p. 357. — Cua-Bang se trouve à une centaine de kilomètres au sud de l'embouchure de la Rivière Rouge, à 400 environ au nord de Tourane. Si la tradition a quelque fondement, il faut supposer que la jonque n'a guère fait que côtoyer la rive de près et a passé entre Haï-nan et le continent. Mais peut-être y a-t-il confusion entre Xavier et le P. Alex, de Rhodes. Ce dernier entra au Tonkin par le petit port de Cua-Bang, le 19 mars 1627 et il le nomma port Saint-Joseph.
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lin jour. C'était en la vigile de la Madeleine (21 juillet), un peu moins d'un mois après le départ. La mer était grosse, très agitée ; nous étions à l'ancre. Or, par mégarde, on avait laissé ouverte la pompe du vaisseau. Manuel, le Chinois, notre compagnon, passant tout près, un violent coup de roulis le fit trébucher et il tomba dans le trou. Nous le crûmes mort ; la pompe était pleine d'eau. Dieu, Notre-Seigneur, voulut qu'il n'en mourût pas. Il était pourtant resté longtemps la tète et plus de la moitié du corps dans l'eau. Mais il souffrit plusieurs jours d'un coup qu'il s'était donné à la tête. Nous le tirâmes donc à grand'peine et il resta quelque temps évanoui. Dieu voulut bien le guérir. Nous achevions de le panser; la tempête continuait, le navire roulait toujours. Une fille du capitaine fut jetée à la mer. Telle était la tourmente que nous ne pûmes la sauver. Elle se noya proche du vaisseau sous les yeux de son père. Ils pleurèrent et se lamentèrent tout ce jour-là et la nuit d'après. C'était pitié de voir cette douleur dans l'âme de ces païens et le danger que nous courions tous sur le navire. Ayant passé le jour et la nuit sans repos, ils firent à leur idole force sacrifices et cérémonies, tuant beaucoup d'oiseaux et lui offrant à boire et à manger. Ils jetèrent les sorts, demandant pourquoi la fille était morte. Le sort répondit qu'elle n'aurait pas été noyée si notre Manuel était mort dans la pompe où il était tombé. Et voilà à quoi tenaient nos vies : à des sorts diaboliques, à un caprice des serviteurs et ministres de Satan. Que serait-il arrivé de nous si Dieu avait laissé toute liberté au démon ^ ? »
On le voit, la lutte commencée dès Malacca avec les puissances infernales se poursuivait sur la jonque. Nulle part comme en Chine peut-être, le « roi de ce monde » ne fait sentir son humiliant esclavage. C'est par excellence, plus que l'Inde encore, le pays des hideuses religions populaires, des mythologies absurdes, du polythéisme aux images grotesques; le pays aussi des mystérieuses maladies, souvent inexplicables à la science humaine ; des vaines terreurs qui peuplent l'air, les eaux, la terre, des génies malfaisants et sots ; des inquiétudes sans fin sur l'avenir, qui multiplient, à tous lescoins de rue, les diseurs de bonn&
aventure. Or, cette Chine païenne, laide et ridicule, elle se trouvait, comme en abrégé, sur le navire qui, lentement, emportait Xavier vers le Japon; et la pensée du démon, véritable tyran de ces immenses régions, hantait son âme. Le démon n'était pas pour lui un être lointain, mais l'ennemi proche et personnel, à moitié enchaîné dans les pays chrétiens, ici agissant en maître sur l'âme de ces pauvres aveugles. Il le sentait tout près; il reconnaissait son action dans les contretemps qui, chaque jour, venaient ralentir sa marche. Il le haïssait pour le mal qu'il faisait aux hommes, et, avant tout, pour la gloire qu'il enlevait à Dieu. En face de ces idolâtries sans fin, dont il lui fallait être l'impuissant témoin, il éprouvait une de ces douleurs que, seuls, les saints connaissent, dont la source est leur amour de Dieu et dont l'occasion est le péché. 11 avait donc, dès le début, supplié Dieu de ne pas permettre, de la part de créatures faites à son image, ces aberrations idolâtriq-ues; ou bien, s'il jugeait à propos de laisser le démon confisquer une adoration qui n'est due qu'au Dieu véritable, que, du moins, l'esprit infernal en fût immédiatement puni par un accroissement dans ses peines'.
Et Xavier pensait avoir été exaucé : il le sentait à voir s'exaspérer la rage de l'ennemi. Mais que se passa-t-il au juste ? Ses allusions sont voilées et il faut y regarder d'un peu près.
Ce n'était pas la première fois qu'il entrait en lutte immédiate avec les puissances des ténèbres. Par ailleurs nous savons que souvent Dieu avait choisi pour consoler son serviteur l'heure des plus affreuses tempêtes, parce que c'était l'heure où, avec plus d'omour, il se jetait entre ses bras de Père. En ce jour de bourrasques et de dangers, Dieu semble lui avoir, une fois de plus, donné une de ces leçons expérimentales, dont les saints estiment si haut la valeur. Cette fois ce fut par l'intermédiaire des démons.
« Bien souvent, écrit-il, le démon m'a dit et répété que le jour des représailles viendrait. » On pouvait croire qu'il était venu et Xavier était persuadé que le double accident dont il