Mon. X'ar., p
DE MALACCA A CANGOXIMA 131
vient de parler, était une vengeance de l'enfer. Mais ce n'était laque persécutions extérieures. Satan voulait aller plus loin, jusqu'à l'âme, s'il était possible.
« Ce jour-là et la nuit qui suivit, Notre-Seigneur me fit la grâce insigne de sentir et de connaître par expérience et à fond, les angoissantes et effroyables craintes que, Dieu le permettant, l'ennemi sait inspirer^ » Donc Xavier eut peur. 11 eut sa part au calice de terreur que le Maître avait bu au jardin des Olives. « Grâce insigne », dit-il, comme toute chose qui nous fait voir de plus près le peu que nous valons sans le secours divin. Mais en même temps, Dieu lui montra comment résister à ces assauts, en somme plus violents que terribles. « Je n'écris pas quel remède il faut opposer à ces terreurs; ce n'est pas que la leçon soit inutile, mais le temps me manque. Je dis seulement, en un mot, qu'alors on doit se montrer magnanime en face de Tennemi, absolument dépouillé de toute confiance en soi, mais grandement confiant en Dieu ; puis, ayant mis toute sa force et toute son espérance en lui, soutenu par un si grand défenseur et protecteur, se garder de laisser voir la moindre peur, mais être sûr de la victoire 2. «
Le missionnaire doit s'attendre à toujours vivre sous les menaces prochaines de la mort; et, à certaines heures, l'action du démon renforçant celle de la nature, la pauvre chair sera prise de frayeur : « 0 mes frères, qu'en sera-t-ilde nous à l'heure de la mort, si, durant la vie, nous ne nous préparons pas à savoir espérer, à nous confier en Dieu? En cette heure-là, les tentations grandiront; il y aura des peines et des périls de corps et d'esprit tels que nous n'en avions pas encore sentis^. »
François insisterait-il autant sur cette inévitable épreuve de la vie apostolique, si lui-même n'en avait eu l'expérience ? Aussi bien la leçon était bonne à donner. Si le missionnaire aujourd'hui a cent fois l'occasion d'offrir à Dieu le sacrifice de sa vie, que dire de ceux du xvi^ siècle? Périls des corsaires protestants au partir de l'Europe, corsaires malais, chinois, arabes dans les mers d'Asie. Pas de stations météorologiques pour annoncer