‹ Saint François XavierChapitre 511 sur 820 · Mon. Xat',, loc. cit · texte numérisé non relu

Mon. Xat',, loc. cit

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ducs. Leur titre japonais est claimyô, les « grands noms ' ^). En fait, ils étaient les vrais maîtres du Japon. Jadis, simples gouverneurs de districts, ils avaient profité des siècles d'anarchie pour se rendre indépendants. Tels nos petits seigneurs du XI® siècle dans leurs châteaux. L'île de Kiu-Siu était ainsi partagée entre trois familles princières, les Ohotomo du Bungo, les Rinzôgi du Hizen et les Shimatzu du Satzouma.

Au-dessus d'eux, les daimyô avaient l'empereur et son lieutenant, le Daïri et le Shogun., un roi fainéant et son maire du palais, tous deux sans ombre d'autorité. Au-dessous, les saniuraï, caste noble et militaire attachée au seigneur par un code d'honneur et de fidélité qui rappelle à s'y méprendre celui de notre ancienne chevalerie. En dessous encore, mais à une grande distance, le menu peuple, la roture travailleuse, tenue dans le devoir par l'excessive sévérité des peines, au reste portant lestement le joug. Sur cette population, les daimyô exerçaient, en fait sinon en droit, toutes les prérogatives royales, levant les impôts, légiférant, rendant la justice, entretenant une armée, souvent en guerre avec lés voisins, toujours occupés à arrondir leur territoire, créant ainsi de petits empires éphémères presque aussitôt dissous que constitués.

Véritable anarchie féodale qui émiettait le Japon et le maintenait dans l'impuissance. Par ailleurs situation favorable aux influences étrangères et à l'apostolat. Chaque seigneur du littoral voudra retenir ou attirer les Portugais dans ses ports, et confisquer le négoce à son profit. 11 protégera le missionnaire dans la mesure où il aura besoin du marchand. Tant que durera cet état de choses, le christianisme se développera sans trop d'obstacles. Il n'y aura que des persécutions partielles. Chassés d'une province, il sera toujours possible aux prêtres de passer chez le daimyô voisin et d'y attendre le retour de la paix. Certains seigneurs se sentiront même assez indépendants pour se faire chrétiens. Mais, un demi-siècle après l'arrivée de saint François Xavier, une ère nouvelle s'ouvrira pour le Japon,

1. Ce titre avait un sens élastique : il était porté par tous les seigneurs, grands et petits, plus ou moins indépendants. On en comptait 262, dont 18 de premier rang (Maze- LiÈRE, t. II, p. 241 ; — Haas, p. 112.

ère d'unité politique et décentralisation; celle des persécutions générales ne sera pas loin.

Le daimyô duquel dépendait Cangoxima appartenait à la remuante famille des Shimatzu qui devait tant faire parler d'elle dans la suite* ; il s'appelait Shimatzu-Takahisa. Il connaissait les Portugais et avait même appris d'eux à fabriquer de la poudre et des arquebuses.

Xavier tenait à le voir. Paul de Sainte-Foi prépara les voies. Lui-même avait à se mettre en règle avec la justice de son pays. Le prince le reçut, l'interrogea sur ses voyages, sur les Portugais, leurs mœurs, leur puissance, leurs richesses. Paul répondit à tout, parla longuement des merveilles de Goa, mais plus encore du Père François. Il voulait faire désirerla visite de son maître. Il exposa ce qu'était sa nouvelle religion, exhiba un tableau de l'enfant Jésus sur les genoux de Marie et donna quelques explications. Le prince vénéra la sainte image : après l'avoir considérée à loisir, il se prosterna — les prosternements sont une des formes les plus communes de la politesse indigène — et il ordonna aux assistants d'en faire autant. Puis il fit montrer le tableau à sa mère qui prit un plaisir extrême à le considérer^.

Quelques jours après, un samuraï aux ordres de cette princesse, venait à Cangoxima demander qu'on voulût bien faire pour elle une copie du merveilleux tableau. 11 fut impossible de la satisfaire. Elle pria qu'on lui donnât du moins par écrit une explication de la doctrine des étrangers. Simple curiosité de femme? ou bien la grâce commençait-elle déjà à solliciter ces âmes païennes?

Naturellement ce fut dans l'entourage de Paul de Sainte-Foi que se firent les premières conversions. Le néophyte était dans toute sa ferveur. « Paul, mon bon compagnon, écrira bientôt François, aussitôt arrivé, s'est mis au travail et prêche nuit

1. Ce fut elle qui, en 1868, résista le plus longtemps à la révolution qui modifia si profondément la constitution japonaise.

2. Mon. ATac, n. 590, 596. Les anciens biographes, faute d'être au courant des usages japonais, ont forcé le sens de ce passage, laissant croire à un acte de véritable adoration. Sur quoi des auteurs protestants, forçant encore plus la note, accusent Xavier d'avoir fait rtndrc à la Vierge un culte qui n'est dû qu'à Dieu.

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etjour^.» Il ne devaitpas avoir de peine à grouper un auditoire. Les Japonais ont la passion des longues causeries. Le moindre événement leur sert de prétexte à d'interminables entretiens autour d'une théière ou d'un brasero -. Parents et amis se pressèrent donc pour l'entendre. Auditoire populaire, car Paul était roturier et sans lettres : mais il y trouva des âmes assez généreuses pour rompre sans retard avec les superstitions.

« Dieu, dans sa grande miséricorde, écrit-il aux Pères de Rome, a accompli mon désir : il m'a ramené au Japon pour que je fisse chrétiens ma mère, ma femme, ma fille, de nombreux parents, hommes et femmes et beaucoup de connaissances. Maintenant qu'ils sont baptisés, mon désir est qu'ils persévèrent jusqu'à la fin. Pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous demande, mes Pères et Frères, que, dans vos prières et sacrifices, vous songiez spécialement à me recommander à Dieu, moi et tous mes parents néophytes; car il ne suffit pas pour nous sauver de commencer à servir Dieu, il faut persévérer jusqu'au bout. Avec l'aide de Dieu, j'espère qu'une grande partie des Japonais se convertira à notre foi, car ils aiment à m'écouter quand je leur parle des choses de Jésus- Ghrist. Il n'y a pas jusqu'aux religieux du Japon qui, maintenant, loin de s'en offenser, aiment à ce que je les entretienne de la loi des chrétiens. Nous sommes tous bien de corps. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi de l'âme. Nous nous trouvons fort éloignés les uns des autres. Plaise à Dieu que ce soit pour régner avec Jésus-Ghrisl. De Gangoxima, 5 novembre 1549. Votre très aimant et très petit frère, Paul de Sainte-Foi-^. »

Le premier baptisé passe pour s'être appelé Kimura^. Un jeune homme nommé Bernard se donna à Xavier et ne le quitta plus de deux ans'. Puis cefutletour du Japonais chez qui le père avait pris gîte quand il eut quitté la maison de Paul*^.

Après un mois et demi d'attente, François fut enfin convoqué

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