Cros, II, p
à la résidence des Shimatzu. C'était en la fête de saint Michel : jour de bon augure pour qui venait au Japon attaquer l'empire du diable ^ Le château n'existe plus : il a été rasé avec tous les autres donjons seigneuriaux, au cours des dernières luttes de l'empire contre la féodalité. Mais c'est lui probablement que décrivait le voyageur Georges Alvarez, dans la relation déjà citée. « J'ai visité la forteresse du roi, elle contenait dix-neuf maisons séparées et pas moins de quarante-sept portes ouvrant sur autant de passages et de ruelles. L'enceinte extérieure étaitdegrès; les murs, plus épais qu'élevés, enterre, et fortifiés par des palissades. La porte d'entrée était haut placée, d'accès difficile et si étroite que les cavaliers ne pouvaient passer qu'à la file. Je n'ai jamais vu château d'aspect plus impénétrable 2. »
Xavier fut sans doute soumis au protocole compliqué des grandes réceptions. Le daimyô sur une sorte de théâtre, entouré de ses fonctionnaires, tous accroupis sur les nattes; lui, accroupi de même, en bas, dans une attitude respectueuse ; et, tout autour, les officiers inférieurs prosternés, attendant les ordres du maître. L'audience fut courtoise. L'entretien roula sur la religion. Le Père montra au prince un livre de prières richement relié. Bible ou Missel, et Shimatzu recommanda de conserver avec soin cet ouvrage qui contenait la loi chrétienne. Il déclara que, si cette loi était vraie et bonne, elle l'emporterait : il faudrait bien que le démon en passât par là ^.
Xavier avait deux requêtes à présenter. D'abord il demandait pour soi la liberté de prêcher, et, pour les habitants, celle d'embrasser le christianisme. Une réponse favorable lui fut envoyée quelques jours après. Il fut moins heureux sur l'autre point. Quand il parla de passer à Miyaco pour y voir le « roi », le daimyô se déroba^. Il ne jugea pas à propos de dire à l'étranger que le chef de l'Empire ne comptait pas, que c'était perdre son temps que d'en solliciter une audience. Il allégua simplement le vent contraire et l'impossibilité de partir. Dans cinq mois, au changement de la mousson, il fourni-