‹ Saint François XavierChapitre 515 sur 820 · P. Frois, dans Gros, II, p · texte numérisé non relu

P. Frois, dans Gros, II, p

parlant un mauvais japonais et écrivant si mal que les lettrés ne pouvaient le lire sans se moquera

La langue elle-même n'est pas des plus difficiles : il en est en Orient de bien plus ardues. Mais le vocabulaire, très riche, est aussi d'une délicatesse extrême. « Les Japonais, notait Valignano, ont certaines règles d'élégance et de bon ton, qui varient avec les personnes. Et alors, il faut changer de noms ou de verbes, d'après le rang de l'interlocuteur, prendre des termes nobles ou vulgaires, d'honneur ou de mépris. On écrit autrement qu'on ne parle et les hommes ne parlent pas comme les femmes 2. » Delà, pour les missionnaires, surtout pour les premiers, un obstacle décourageant. A chaque instant, les équivoques rendaient leur prédication ridicule ou incompréhensible. Après trois mois de labeurs, François n'avait pas fait de grands progrès, et il écrivait : « Plaise à Dieu nous délier la langue pour parler de lui. Alors, avec sa grâce et faveur, nous ferions beaucoup de bien. Nous sommes au milieu des indigènes, comme des statues. Eux parlent, et beaucoup, de nous. Faute de les entendre, nous nous taisons, réduits que nous sommes à nous transformer en petits enfants qui apprennent à parler. Plaise à Dieu nous rendre petits enfants en pureté de cœur et simplicité^. » Jean Fernandez fut plusheureux : en peu de temps, il parvint à s'en tirer\ et c'est probablement en pensant à lui que, plus tard, le saint déclarait qu'après tout le japonais n'était pas inabordable^.

Mais comment François aurait-il pu progresser? L'apostolat immédiat s'imposait à lui : il ne pouvait se dérober aux importunités des indigènes. 11 n'habitait plus chez Paul de Sainte-Foi : le daimyô avait mis à sa disposition une maisonnette®. Or on sait ce qu'est une demeure japonaise et s'il est possible d'y trouver la solitude. Légère construction en bois ou en terre, à un seul étage, écrasée sous son toit épais en paille de riz; pour cloisons entre les appartements, des paravents mobiles en papier,

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