‹ Saint François XavierChapitre 519 sur 820 · Valic:<a.no, p · texte numérisé non relu

Valic:<a.no, p

CANGOXIMÂ 143

et les Japonais qui reviennent d'Europe vous disent : « Telle province, c'est Athènes, mais Satzouma, c'est Sparte '. » Aussi, ce qui frappa saint François Xavier chez ses premiers hôtes, plus que la vivacité de l'esprit, ce fut la fierté. « A en juger par ceux avec qui nous avons jusqu'ici traité, dit-il, c'est le meilleur de tous les peuples qu'on ait découverts, et je crois bien que, chez les infidèles, on ne trouvera pas mieux. Ils sont d'un commerce agréable, généralement bons et sans malice, hommes d'honneur, et c'est merveille comme ils mettent l'honneur audessus de tout. Pauvres, pour la plupart, mais la pauvreté, qu'on soit noble ou non, n'est pas infamante. Ils ont sur ce point une manière de voir qui est trop rare chez les chrétiens ; c'est que les nobles, dans les honneurs qu'ils se rendent entre eux, ne distinguent pas entre pauvres et riches. Pour rien au monde un noble pauvre n'épouserait une fdle du peuple, quelque riche qu'elle fût. Pareille alliance les ferait, croient-ils, déchoir de leur caste. Donc, pour eux, honneur passe richesse^.»

« Ils sont persuadés que, comme soldats et cavaliers, ils n'ont pas leurs pareils. Ils estiment peu les autres nations. Ils ont le goût des armes : leur grande richesse, c'est d'avoir de belles armures, bien garnies d'or et d'argent. A la maison, dehors, partout, ils portent épées ou poignards. Quand ils dorment, ils les ont à leur chevet-'. Un enfant de quatorze ans a déjà son épée et son poignard. Ce sont gens à ne pas supporter une injure ou une parole de mépris^. »

L'ancien gentilhomme navarrais ne peut manquer de noter le respect du peuple pour les nobles et l'attachement des nobles à leur chef et seigneur le daimyô. « Et c'est, remarque-t-il, à ce qu'il me semble, aflaire d'honneur, beaucoup plus que de crainte^. » Il avait raison. L'on sait jusqu'où le Japonais, aujourd'hui encore, pousse l'esprit chevaleresque. Il y avait là de quoi séduire le missionnaire, dont la famille, à cette heure-là même, dans son château démantelé de Xavier, payait, en pauvreté et en déboires, le dévouement à ses rois vaincus.

Page 1