‹ Saint François XavierChapitre 520 sur 820 · Mon. Xao., p · texte numérisé non relu

Mon. Xao., p

Cette hauteur naturelle de vues rendait le Japonais sévère pour certaines fautes : « Ici, poursuit Xavier, il y a peu de voleurs... Dans toutes les terres que j'ai visitées en ma vie, chrétiennes ou non, je n'ai pas vu de peuple aussi délicat en matière de vol... Ils ne jouent pas, tiennent le jeu pour déshonorant, car le joueur désire le bien d'autrui, et cela mène au voP. » Quand Xavier ajoute que le larcin est puni de mort, c'est à peine s'il exagère. Naguère encore tout vol supérieur à cinquante francs menait à la croix ou au feu. Avait-on entendu parler d'un larron en liberté, aussitôt les chefs de village se mettaient en chasse, et c'était à qui le découvrirait le premier et le tuerait 2.

Tel est le tableau, nécessairement sommaire, que François Xavier, après quatre ou cinq mois de séjour à Cangoxima, envoyait à ses frères d'Europe. Il n'y changera rien, quand il aura vécu plus longtemps de la vie des insulaires, surtout quand il aura vu ce que le christianisme était capable de tirer d'une race fière et intelligente, et il écrira ces lignes célèbres qui sont comme la charte de noblesse des Japonais catholiques : « Du Japon, j'aurais tant à vous dire que je n'en finirais pas... Allons, je termine, sans pouvoir terminer, car c'est à mes Pères et Frères si aimés que j'écris, et je leur parle des chrétiens du Japon, nies délices'^. »

Mais il y avait des ombres au tableau, et très noires. Xavier ne les ignora pas. Il ne nous a rien caché des mœurs dépravées qui s'étalaient au grand jour, mais il a soin d'en reporter avant tout la honte sur le clergé bouddhiste.

Ces bonzes dont les voyageurs lui avaient beaucoup parlé, et dont les dehors rappelaient étrangement ceux des moines chrétiens, il les rencontrait maintenant par centaines. Il les voyait, menton glabre et tête rasée, pauvrement vêtus, quêtant de porte en porte ; ou bien, assis sur leurs talons, au seuil des temples, les yeux baissés, égrenant leur chapelet des cent huit passions. S'il entrait dans les pagodes dont les portiques s'ouvraient sur la rue, il les entendait qui, accroupis sur leurs

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