Bellessort, p
histoires courent sur leur compte; rien n'y manque, pas même l'infanticide, et Xavier nous déclare : « Par ce quej'ai vude mes yeux, le public ne se trompe pas à leur sujets » Mais il y a l'aristocratie de la secte, les bonzes noirs, avec leur semblant de décorum et leur dérisoire vœu de continence. Ils ne valent pas mieux que les autres. Chez eux, le célibat idolâtrique portait tous ses fruits de honte contre nature; et, dans un peuple chrétien, ils seraient de ceux que la cour d'assises juge à huisclos, « En somme, déclarait Xavier, les séculiers se conduisent mieux, je les vois plus soumis à la raison que leurs prêtres-. » Plus brutalement, le proverbe populaire disait de la secte des Fokeklo: « Quand un bonze de cette secte deviendra bouddha, la bouse de vache se changera en sauce de fèves^. » Avant le bouddhisme, assure-t-on, certains excès étaient inconnus au Japon, et c'est elle, la religion qu'on nous dit si bienfaisante, qui a mis cette tare dans la race^. On en parle, on en rit, on s'en vante. « Les bonzes, dit saint François Xavier, ne songent même pas à le nier. Le fait est si notoire, si connu de tous, hommes et femmes, grands et petits, si bien passé en coutume, qu'il n'excite ni étonnement, ni horreur^. » Du reste, pour eux, prêtres et docteurs de la nation, c'est là comme un privilège et la compensation de leur vie austère. Ce bouddhisme de pourriture n'est pas sans doute celui des érudits et des artistes, mais c'est le bouddhisme vivant, l'éducateur du vieux Japon.
Le Japon shintoïste avait, dit-on, une « moralité d'oiseau », une sorte d'inintelligence presque naïve de la pureté; en quoi il ne se distinguait pas du commun des idolâtres. Mais, sous l'influence des bonzes, il apprit à se jouer à lui-même, sans en être dupe, la comédie de la retenue ou de la pudeur. Hypocrisie ? Non, puisque personne ne s'y trompe. Les bonzes rient sous cape quand ils parlent de leur austérité; le peuple s'en amuse, et, à la parodie de la vertu, répond par le parodie du respect.
Et maintenant, à ces insulaires, qu'est-ce que Xavier appor-