Rodriguez, p. 478 et suiv. ; Polanco, p
carême, ne se réservaient jamais rien pour le lendemain. Ils passaient la nuit dans les granges ou les étables, souvent les vêtements trempés. Logeaient-ils dans quelque hôpital, ils en profitaient pour catéchiser les pauvres. Pendant la marche, ils évangélisaient les passants ou bien chantaient les psaumes ou les litanies. Dieu sait dans quels lits immondes il leur fallut parfois coucher. Ils tombaient de fatigue, pouvaient à peine avancer. Les rivières étaient débordées. Un dimanche, nous dit Lainez, ils firent dix-huit milles à travers l'inondation, ayant^ à certains endroits, de l'eau jusqu'à la poitrine. Or, le matin, ils n'avaient pris qu'une bouchée de pain. Rodriguez ajoute que^ sortis de là, ils n'eurent pour se refaire un peu que des pommes de pin ramassées dans un bois^
Passé Ravenne, les trois bandes se séparèrent pour trouver plus facilement des aumônes. Certains indices, que nous signalerons plus loin, permettent de croire que, au moins pendant quelque temps, François eut Lainez pour compagnon. C'est peut-être encore François qu'il faut reconnaître dans un épisode rapporté par Rodriguez. « L'un d'eux, dit-il, s'en allait quêtant. Il en aperçut un autre sur le marché, qui, pieds nus, la robe relevée jusqu'aux genoux, demandait aux marchandes l'aumône d'un légume, d'un fruit, et les recevait avec grande humilité. Et alors, comparant d'une part la pauvreté et l'abaissement de son compagnon, d'autre part son admirable érudition et son savoir de premier ordre uni à un beau talent, toutes ses qualités du cœur qui eussent pu lui valoir la gloire humaine, il se sentit si profondément ému qu'il n'est pas de mots pour l'exprimer. » Bartoli, en reproduisant ce trait, ajoute aux qualités naturelles énumérées par Rodriguez, la noblesse et la fortune. Or, seuls, Rodriguez lui-même et Xavier étaient de famille noble, et malheureusement Bartoli ne nous dit pas où il a pris ce détail 2.
Au milieu de ces privations, les âmes débordaient de joie; il arrivait aux voyageurs d'en perdre le sommeiP, Les compa-