Gros, loc. cit
Il y songeait, lui parfois, le supérieur de ces charlatans. Les entretiens du Père François avaient éveillé en son âme des préoccupations nouvelles. « J'aurais bien voulu, disait-il plus tard, savoir tout ce que le Père François venait prêcher au Japon, mais, faute d'interprète, je n'arrivais pas à le comprendre*. » Cependant, malgré la difficulté qu'ils pouvaient avoir à se communiquer leurs pensées, Xavier et lui, la parole du saint répondait trop à de secrets appels de la conscience pour que l'inquiétude ne finît pas par entrer dans cette âme. Un jour Xavier lui demanda : « Quel temps préférez-vous, la jeunesse passée ou bien la vieillesse où vous voilà? — La jeunesse, répondit Ninjit. — Pourquoi ? — Parce que le corps est bien dispos et que l'on peut faire tout ce que l'on désire. » — François reprit : « Quand des navigateurs vont d'un port à un autre, quel moment préfèrent-ils ? Celui où, en pleine mer ils se voient exposés aux tempêtes, ou celui où ils se voient près du but? — Je vous comprends, répliqua le bonze ; mais cela n'est pas pour moi; je ne sais pas vers quel port je vais. Pour qui le sait, et à qui le port est ouvert, s'en approcher est le meilleur. Moi, j'ignore où et comment j'aborderai'^. »
Ainsi causaient le bonze elle missionnaire. Bien des fois la grâce dut frapper à la porte de ce cœur, « humble pour un Japonais ^ », disait de lui plus tard un missionnaire qui le vit en passant; et le cœur tardait toujours à s'ouvrir. Mais que de prétextes pour difi'érer ! passions mal éteintes, nécessité de se déjuger et de condamner son passé, et, s'il abandonnait sa position de supérieur, la perspective assurée de déchoir. Bref, lui aussi, « s'en allait triste, parce qu'il était riche^ ».