Oklandini, loc. cit.; — Lucena, loc. cit., p
f. Gros, loc. cit.; — Lucena, loc. cit.
CANGOXIMA 169
Shimatzu était-il très sensible à l'honneur de ses dieux ? Il pouvait bien être de ces puissants pour lesquels la religion était question négligeable, et qui, jaloux du prestige des bonzes, n'étaient pas fâchés de les voir humiliés. D'après certains biographes, il répondit aux accusateurs, en opposant leurs vices aux vertus de l'Européen, sa modestie à leur orgueil, son désintéressement à leur avarice; il les renvoya confondus et fit dire à Xavier d'avoir bon courage et de compter sur lui'.
Les documents contemporains ne parlent pas de cette résistance. Sans doute elle ne fut pas de longue durée, et elle dut vite céder à un irrésistible argument. On apprit qu'un vaisseau portugais venait de paraître, et cette fois encore à Firando^. Décidément la faveur accordée au prêtre européen par Shimatzu ne servait de rien ; les « barbares du sud » n'en tenaient compte 3, ils s'éloignaient de ses Etats. En conséquence, défense fut faile aux habitants de passer à la religion des étrangers, et cela sous peine de mort^.
Les missionnaires n'étaient pas directement menacés, non plus que les indigènes déjà baptisés; mais tout apostolat devenait impossible. Fallait-il attendre un revirement chimérique et s'enfermer dans le cercle étroit de la chrétienté ? Xavier jugea que mieux valait s'éloigner, et, après une année perdue, reprendre ses projets sur la capitale. On dit que le daimyô approuva et offrit même une jonque aux voyageurs^.
Sans doute le saint comptait ne pas perdre de vue la petite église de Cangoxima. Pour la maintenir dans la ferveur, il lui laissait Paul de Sainte-Foi. Dans les dernières réunions, il s'attacha à bien expliquer les mystères de la Passion, car il fallait fortifier les néophytes contre l'épreuve imminente. Puis on se sépara : « Nous quittâmes donc les chrétiens, écrit simplement Xavier; ce fut avec beaucoup de larmes de leur part. Ils nous
1. LucENA, VII, 14; — Oklandini, n. 218 ; — Baktoli (1. III, u. 12) émet des doutes sur ce détail.
2. Valignano, p. 122. Ce vaisseau no venait pas de Malacca : il avait dû hiverner en Chine. Aucun vaisseau ne partit de Malacca pour le Japon en 1550 et 1551 (lettre du Père Ferez, 24 nov. 1551, Gros, p. 191).