Gros, p
4. Xavier dit ordinairement Arnanguche, ou Amanguchi, quelquefois Manguche [Mon, Xav., p. 767, 775, 794). Le P. Valignano note qu'il faut dire Yamaguchi [G^os, 11, p. 42). Dans son Historia del principio, etc., il emploie cependant la forme Arnanguche. On dit aujourd'hui Yamagoutsi, Yamagoutchi. — Xavier dit que la ville comptait plus de 10.000 feux (Gros, p. 98). Un historien japonais cité par M. Haas (p. 191) porte ce chiffre à 20.000. C'était, au rapport de Valignano, une des grandes villes du Japon (p. 123,'. Elle n'a guère aujourd'hui que 15.000 habitants.
la province de Suwô, se trouvait être, en ce temps-là, comme la capitale du Japon. Ville populeuse (50.000 habitants environ), commerçante et riche. Le daimyô était un des plus puissants de l'archipel. Dans Tétat d'émiettement où s'épuisait l'empire, il était parvenu à grouper jusqu'à seize provinces. Jusque dans Kiu-siu, il possédait les seigneuries de Buzen et de Chikuzen. Il était maître du détroit. Dans le Nippon, son domaine comprenait le Suwô, le Nagato, l'Iwami. Il appartenait au clan des Ouchi', et se nommait Yoshitaka. Sa cour était des plus élégantes : car, depuis que Miyako était ruiné par les guerres, la noblesse impériale, les A:Mge^, avait émigré en masse. Beaucoup s'étaient réfugiés dans Yamaguchi. Ils y avaient apporté leurs mœurs efféminées, leur goût pour les raffinements d'élégance, le mépris des armes, les concours de poésie. A leur école, princes et seigneurs s'étaient laissés gagner à une vie de fêtes et de plaisirs^ Les bonzes pullulaient. A en juger par le nombre des couvents et pagodes, tous peuplés et rentes, le daimyô devait être un fervent bouddhiste '.
Xavier s'aperçut vite que le niveau moral était fort bas ; plus bas, sans doute, qu'à Gangoxima. Il n'était là qu'en passant, mais il voulut parler et venger l'honneur de Dieu. Lui, à qui personne d'abord n'avait voulu donner asile, tant il avait l'air étrange et misérable^, s'en allait par les rues, toujours son cahier en main, cherchant de préférence les carrefours les plus populeux et il prêchait.
Les Japonais étaient accoutumés aux excentricités de la dévotion bouddhique; pèlerins qui courent, presque nus, le long des routes, une clochette à la main, ruisselants de sueur, éclaboussés par la boue jusqu'aux épaules, pour accomplir un vœu et devant qui la foule s'écarte, indifférente; moines mendiants qui s'en vont tendant leur éventail de porte en porte, le visage dissimulé sous les bords d'un vaste chapeau en abat-jour; pénitents qui, en plein hiver, se font verser sur le corps des centaines de
1. Les anciennes relations lappellent Vochidono. Gros, II, p. 102.
2. Les Au^f, nobles de la cour, plus ou moins issus de sang impérial, par opposition aux buke, les nobles d'épée.