Ibid., p. 103. 104, lOG
k. Mon. Xaf., p. 125, 660; — Gros, p. 9',», 106. 5. Gros, p. 106, 107.
passer, ils les faisaient entrer chez eux. C'était pour tuer le temps, pour causer, entendre des choses nouvelles, pour s'amuser et railler ; mais souvent aussi par sympathie. Xavier se prêtait à tout; mais il savait parler net. Son livre à la main, il se signait, levait les yeux au ciel, puis se mettait à lire. On prêtait l'oreille et parfois Tauditeur était saisi de la hauteur et de la pureté de cette doctrine ^
Un jour, un samuraï, qui voulait rire, fit entrer les deux étrangers : Fernandez commença la lecture. La leçon racontait l'histoire des anges et de leur chute. A la suite du récit, était une application pratique aux orgueilleux qui, livrés aux démons, devaient partager leur supplice. Le Japonais se moquait. Xavier lui dit : « Quelle que soit votre puissance, si vous ne vous humiliez, si vous ne pleurez vos péchés. Dieu saura vous réduire avec les tourments de l'enfer. » Le samuraï se rapprocha en ricanant plus fort. Le Père sentit le sang lui monter au visage et, le regard en feu, il dit en insistant : « Vous avez beau ne pas vouloir, si vous ne vous humiliez, vous en passerez par là. » Etil sortit. « Que j'ai pitié de ces fidalgos! disait-il à Fernandez, plus ils sont puissants, moins ils profitent des grâces de Dieu-. » Parfois encore, quand on le prenait aveclui de trop haut, Xavier ordonnait à son compagnon : « Ils vous tutoient, tutoyez-les^.» Et le bon Frère, qui voyait les samuraï armés de leurs deux terribles sabres croisés surrestomac,et qu'ils maniaientavec une dextérité peu rassurante, tremblait un peu. 11 se disait : « Évidemment le Père veut à tout prix mourir pourla foi de Jésus-Christ. «Et il ajoute : « Quand je répondais sur le ton indiqué, il me semblait qu'un coup allait me détacher la tête des épaules. » Mais François lui répétait : «Vous devez mortifier, avant tout, cette crainte de la mort. Parle mépris de la mort, nous nous montrons supérieurs à cette gent superbe; leurs bonzes perdent d'autant à leurs yeux et, à ce signe du mépris delà vie, que notre doctrine nous inspire, ils peuvent juger qu'elle est de Dieu"*. » François avait raison; les Japonais étaient sensibles à ce calme