Mon. Aor/., p
5. P. Frois, dans Gros, p. 111. L'annaliste de Macao (p. 116) dit au commencement de janvier.
L'hiver, cette année-là, parait avoir été particulièrement rude. Il neigeait avec abondance. Un passant, un jour, leur cria : « Si vous êtes du pays des dieux (le Tenjicu), ditesleur donc, à ceux de là-haut, de ne pas jeter tant de neige sur la terre'. » Us en avaient parfois jusqu'aux genoux. Il fallut traverser des rivières, de l'eau glacée jusqu'à la ceinture^. François avait pour vêtement sa vieille soutane et de mauvais souliers : il finit par aller pieds nus : évidemment il cherchait la souffrance. Il arrivait que les voyageurs, n'en pouvant plus, les jambes enflées^, défaillaient sur le chemin. Ou bien ils s'égaraient. Ignorant le pays, évitant les grandes routes que la guerre encombrait de soldats, faisant de longs détours pour ne pas payer les péages, ils devaient, à travers neige et rochers^ monter sur quelque éminence pour retrouver leur direction. Ou encore ils achetaient d'un colporteur le droit de le suivre à pied, courant derrière sa monture.
Fernandez, à qui nous devons ces détails, ne nous dit rien de ses propres souffrances; mais il note que le Japonais Bernard, tout jeune encore, endurait tout sans se plaindre. Gomment ne pas aller, vaillant quand même, lorsque, en avant, trébuchant, tombant, les jambes tuméfiées, crevassées jusqu'à la chair vive, ayant grand'peine à mettre un pied devant l'autre, le chef avançait toujours? « Pour se faire une idée de ce qu'il a enduré^ dit son modeste compagnon, il faudrait, comme moi, l'avoir vu de ses yeux. Jusque dans sa façon de faire oraison par le chemin, tout respirait la pénitence. Méditer, contempler, lui était chose si familière; montagnes et vallées, on ne voyait que neige ; rien, autour de nous, ne pouvait donner aucune distraction; et cependant, tout le temps de l'oraison, le Père François ne levait pas les yeux, ne détournait le regard d'aucun côté; il tenait ses bras, ses mains immobiles, les pieds seuls se mouvaient, et bien paisiblement. Certes, il montrait bien, par cette modestie, cette révérence de sa démarche, qu'il allait en présence de Dieu Notre-Seigneur^. »