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4. Le mot Mikado n'est pas employé par les Japonais : c'est un archaïsme équivalant à « sublime porte » ; mais c'est le seul qui soit usuel chez les Européens. Les indigènes
place forte et temple, occupant tout le quartier nord-est de la ville ^ Inaccessible dans son harem, à peine si, de loin en loin, on l'exhibait à l'adoration muette d'une cour prosternée. Gomment arriver jusqu'à lui? et, par impossible, y fùt-on parvenu, à quoi bon? Ce n'était qu'une idole vivante, défendue contre le mépris par le mystère. Pour souiller son immaculée pureté, il suffisait d'un regard profane. Ses femmes l'affublaient tous les jours de vêtements neufs et le servaient dans de la vaisselle fraîchement sortie du four. Il en usait une fois, puis tout était hrisé ou brûlé. En revanche, l'eau dans laquelle il s'était lavé les pieds était tenue pour relique. Un jour on en apporta devant François Xavier et tous les assistants s'en frottèrent la tète. Le saint se contenta de sourire, et écarta le bassin^. Celui qui était censé régner était un vieillard. Go Nara Tennô. 11 vivait d'aumônes et trafiquait des titres de noblesse. Son palais était une masure dévalisée par les voleurs; ses courtisans les kuge, l'avaient abandonné et s'étaient réfugiés à Yamaguchi ; ses femmes étaient réduites à héler par les brèches du mur d'enceinte les marchands ambulants de patates douces 3.
Le Shogun, ou généralissime, vrai chef politique du Japon, était un peu moins annihilé, mais beaucoup plus en danger. Ashinaka-Yashiteru avait quinze ans. Son père avait abdiqué devant la guerre civile et la guerre durait toujours \ Il était à la merci des daimyô ambitieux qui, tous, voulaient devenir régents. Son autorité nominale s'étendait sur cinq ou six petites provinces autour de Miyako : là, troubles et guerres étaient endémiques^. Ailleurs, chez les gros féodaux indépendants, on jouissait d'une paix relative ®. Quand les missionnaires parlèrent
disent le Tenno, « roi du ciel », ou le Tenshi-sama « Ois du cie! ». Il y a d'autres appellations encore, par exemple le Daïri, mot qui a passé du palais impérial de Miyako à l'empereur lui-même (La. Mazelière, t. I, p. 234, 559, 563).
1. De La. Mazelirre, t. I, p. 486; de Hubner, Voyage autour du Monde, t. II, ch. 6.
2. Lettre du Fr. de Alcaçova, Goa, 1554 (Epistolae Japonicae, Louvain, 1569, p. 70).
3. Metch.mkoff, L'Empire japonais, Paris, 1882, p. 502 ; — H. Haas, op. cit., p. 98, 99, 177; — Steichen, op. cit., p. 7, 9; — H. Gordier, dans l'Histoire générale, Paris, Colin, t. V, p. 915.