Mon. Xaf., p
maison dans l'autre, contant des histoires, partout bien accueilli. Il avait de l'esprit, une intelligence vive, une bonne mémoire. Il vint trouver François, l'interrogea, revint, multiplia ses visites. Trois choses le frappaient dans le saint, sa charité, son désir de sauver les âmes et de glorifier Dieu et enfin le désintéressement qui l'avait amené là, à travers tant de périls et sans aucun espoir de gain terrestre. Bref, il demanda le baptême et, peu après, le Père Cosme de Torrès le recevait dans la Compagnie. Ce fut le premier Jésuite japonais<. A ce mendiant, Dieu réservait d'être un grand convertisseur et l'apôtre de Miyako^.
Voici maintenant, brièvement racontée par Xavier lui-même, l'histoire d'un lettré. « Il avait longtemps étudié à l'université de Bandu. On le tenait pour très savant. Avant notre arrivée au Japon, il avait voulu se faire bonze. En fait, il resta laïque et se maria. C'est que, en ce temps-là, il lui parut que la religion du Japon n'était pas vraie : aussi n'y croyait-il plus. Il adorait Celui qui a créé le monde. Ce fut une grande joie chez les chrétiens quand celui-là fut baptisé, car on le tenait pour le plus savant de la ville ^. »
D'autres conversions n'aboutirent que plus tard. De l'un des principaux seigneurs Xavier écrivait : « 11 nous est très favorable, lui, et surtout sa femme. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour aider la propagation de la loi de Dieu, laquelle leur paraît bonne. Mais ni l'un ni l'autre ne veulent l'embrasser'. » C'est que, à grands frais, ils avaient construit et rente plusieurs monastères où des bonzes priaient pour eux. Les dieux, après leur mort, les paieraient au décuple. Embrasser le christianisme, c'était perdre le fruit de leurs bonnes œuvres. La lumière, dans leur âme, n'était pas encore complète. Ils voyaient que le christianisme méritait d'être propagé, ils n'en comprenaient pas la
1. A moins qu'il faille réserver ce titre aux deux catéchistes Bernard et Mathieu, qui suivirent Xavier dans les Indes.
2. Gros, t. Il, p. 141, li7. Pour établir que les Jésuites du Japon étaient hostiles à l'établissement d'un clergé indigène, M. le chanoine Joly allègue l'exemple du Fr. Laurent qui eût si bien mérité d'être prêtre et ne fut jamais que diacre. J'ignore où l'on prend ce diaconat. Ce qui est certain c'est que Laurent mourut en 1592, avant l'arrivée des évoques au Japon (L. Joly, Le Christianisme et l'Extrême-Orient, t. I, p. 347).