Mon. Xav., p
à Miyako ou dans la banlieue, près de quelque célèbre pagode, et se divisait en provinces et districts, que les rivalités entre elles allaient jusqu'à de vraies guerres civiles. Quant aux différences doctrinales, plus tard seulement les missionnaires cherchèrent à les discerner et ils purent constater qu'il y en avait pour tous les goûts ; sectes riches et sectes pauvres ; sectes orthodoxes, «protestantes», radicales; sectes ignorantes et sectes savantes. Il y en avait d'austères et de relâchées, de tolérantes et de bigotes.
Bientôt le Père Gosme de Torrès notera qu'il n'est pas également facile de discuter avec toutes. Quand les Fokhe-siu^ entrent chez lui en tourbillon, il se contente, pour les mettre à quia^ de leur demander comment Xaca a bien pu naître huit mille fois; ils forment une secte grossière, très adonnée aux pratiques idolâtriques. Avec le Zeii-shu, il est beaucoup plus embarrassé. Secte réactionnaire et disputeuse, elle a pour formule, nous dit-il : « Tout n'est qu'apparence, il n'y a rien, nous ne sommes rien, le salut est dans la contemplation du rien. » Gomment discuter avec ces sophistes? « Etant fort assidus à leurs méditations, ils font des questions auxquelles nul lettré, ayant affaire à des hommes sans foi, ne répondra de manière à les contenter. D'où il suit clairement, quand nous parvenons à les convaincre, que ce n'est pas nous qui parlons 2. » Le bonze Ninjit, l'ami de Xavier, appartenait à cette école. Quant à ceux qui voulaient faire croire aux prêtres européens qu'ils adoraient tous le même Dieu, ils étaient de la secte Shingon, dont l'ori-' ginalité consistait à réaliser en eux l'unité du Bouddha, de l'être et des choses, par le moyen de formules et de signes mystiques^.
Les divergences, souvent profondes, entre les sectes, offraient aux missionnaires un excellent terrain de controverse; mais ils avaient mieux encore. A l'intérieur même de chaque secte, presque toujours on donnait un double enseignement, l'un pour les initiés, l'autre pour la foule. A côté du bouddhisme savant,
1. Les Fokexus dos anciennes relations. Dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, (t. X, p. 59, article sur la Religion japonaise)^ on raconte que Xavier, ayant assisté à une conférence religieuse de cette secte, en sortit émerveillé. Où a-t-on pris cette insanité ?