Grande Encyclopédie, t. XXI, col
secret, subtil, tout en négations et en rêves métaphysiques, il existait un bouddhisme populaire, grossier et idolâtrique. Aux uns, l'on enseignait à huis clos l'évanouissement final de l'être humain dans le nirwana; aux autres, en public, on prêchait un vrai ciel et un vrai enfer. Ciel à sept étages, enfer à huit grandes géhennes et trente-deux petites; enfer non éternel cependant, de par le principe bouddhique de l'impermanence universelle. Sur quoi le saint demandait : « Je vois les supplices; mais le juge qui discerne les fautes et proportionne les peines, où est-il^? »
De juge, on n'en parlait pas; mais on racontait que le sage Amida, sur le point de sombrer dans son nirwana, avait préféré créer pour les hommes un paradis bien intelligible et bien accessible, la « terre pure ». Dans ce ciel, on entrait à condition d'avoir confiance en lui et de répéter la formule « Manu Amida Butsu, j'adore Amida Bouddha ». Et Xavier constatait, sans chercher à se l'expliquer, que les dévots japonais passaient leur temps à répéter sans cesse le nom libérateur d'Amida, et que, si les moines gris l'invoquaient ainsi, les moines noirs préféraient Xaca^.
Il y avait donc deux fins de l'homme : la fin aristocratique des initiés, le néant; la fin plus populaire des profanes, enfer ou ciel. Et aussi deux morales, celle des laïques, celle des moines.
Xavier notait qu'à tout le monde les bonzes prêchaient cinq préceptes essentiels : ne pas tuer et ne pas manger ce qui a été tué, ne pas voler, ne pas forniquer, ne pas mentir, ne pas boire de vin. Énumération qu'ils complétaient dans leurs sermons, en distinguant actes du corps, actes de la parole, actes de la pensée. Avec ses lacunes habilement combinées, ce décalogue offrait du même coup, à la conscience l'illusion d'une règle, à la convoitise une ample liberté. Voilà, ce semble, le salut à la portée de tous. « Seulement, poursuit Xavier, les bonzes ajoutent que, à qui vit dans le monde, l'exécution exacte des cinq préceptes est chimérique. Eux seuls, de par leur vocation, les moines pratiquent la vie parfaite 3. »