Mon. Xac, p
La société comportera donc deux classes d'hommes. Les uns, les moines, conformément aux principes bouddhiques diminuent en eux, autant que faire se peut, l'intensité de la vie; ils amoindrissent leur moi dès ici-bas, pour atteindre sûrement à l'absorption dans l'être absolu. C'est pour cela qu'aux cinq préceptes généraux, ils en ajoutent beaucoup d'autres, s'interdisent les repas extra-réglementaires, les danses, la musique, les spectacles, les guirlandes, les parfums, la literie haute et large, l'or et l'argent, le mariage, la propriété.
Les laïques ne visent pas si haut. Ciel ou enfer, voilà le problème de la vie. Comme ils ne peuvent par leurs propres forces faire leur salut, ils s'en remettent aux bonzes. Les bonzes prennent sur eux les péchés du peuple, à cette condition, bien entendu, que le peuple leur fournisse maisons, rentes, nourriture. « Surtout, ajoute Xavier, qu'on les comble d'honneurs ; à ce prix, les bonzes observeront les préceptes, et en leur propre nom etau nom du public. Grands et petits ont fait droit à cette requête, afin de pécher à l'aise, persuadés que ces moines ont le pouvoir de délivrer les âmes de l'enfer'. »
On voit où tendra la prédication bouddhique. « Le point principal des sermons, poursuit notre saint, est que, sous aucun prétexte, quels que soient les péchés commis, les laïques ne doivent douter de leur salut, si les bonzes ont prié pour eux en gardant les cinq préceptes. Ils prêchent donc qu'ils sont saints, et aussi que les pauvres ne se peuvent tirer de l'enfer, faute d'aumônes à donner aux bonzes. » Même impuissance pour les femmes qui, de nature, sont souillées de tous les péchés. Elles doivent observer, à la rigueur, les cinq préceptes. « Mais, si elles dépassent les hommes en générosité, peut-être pourront-elles se sauver. De plus, dans l'autre monde, qui aura donné de l'argent aux bonzes, en recevra dix fois plus. Et il y a des gens assez simples pour faire ainsi l'aumône, contre un billet qu'ils gardent précieusement et font ensevelir avec eux^. »
Le résultat de ce honteux enseignement fut d'abord que la confrérie bouddhique se propagea au delà de toute prévision.