‹ Saint François XavierChapitre 591 sur 820 · Mon. Xat'., p · texte numérisé non relu

Mon. Xat'., p

Le bas peuple se précipitait chez les mendiants à robe grise, les autres grossissaient les rangs des moines à robe noire. « Ils sont si nombreux, continuait Xavier, qu'il faut l'avoir vu pour s'en faire une idée. » Des gens véridiques lui affirmaient que tel prince avait sur ses terres jusqu'à huit cent couvents, comptant chacun trente personnes aux moins, sans parler des maisons plus modestes. « Pour le peu que j'ai vu, ajoute-t-il, c'est très vraisemblable ^ . »

Autre conséquence, la richesse. Théoriquement, le bonze est pauvre. Son extérieur même accuse le mépris des choses d'ici-bas. Il mendie tout, nourriture et habits. Son couvent, il le doit à la libéralité du seigneur ou du public. Ses vêtements, il devrait les ramasser dans les cimetières. En pratique, avec cette loi, les accommodements étaient faciles. Dans certaines sectes, le faste s'étalait insolent; les moines ne sortaient que magnifiquement vêtus, suivis du long cortège de leurs laquais et de leurs élèves-.

De même pour les autres lois. Nous avons parlé de leur chasteté dérisoire. Pour l'abstinence, il était reçu qu'on pouvait compléter l'unique repas du jour par les « quatre douceurs », huile de sésame, beurre, miel et sucre. Une indigestion alors n'était pas réputée péché. Bouddha n'était-il pas mort d'une indigestion de lard ? « Autrefois, dit encore notre saint, les bonzes et bonzesses qui violaient les cinq commandements étaient mis à mort. Les seigneurs du lieu les faisaient décapiter. Aujourd'hui, bonzes et bonzesses boivent publiquement du vin, mangent en secret du poisson ; ils mentent, ils étalent sans vergogne leurs infamies... et le peuple les imite. Il n'y a pas de péché, puisque les bonzes le font. Après tout, conclut Xavier, je ne m'étonne pas de ces fautes, quel qu'en soit le nombre; un peuple qui, au lieu de Dieu, adore le démon et le tient pour son maître, ne peut pas ne pas faire d'énormes péchés. Ce dont je m'étonne, c'est qu'ils n'en fassent pas davantage^. »

C'était donc, en grand, organisée et officielle, l'exploitation pai- une caste puissante de l'immoralité publique. François se

Page 1