‹ Saint François XavierChapitre 595 sur 820 · I. — Le départ de Yamaguchi · texte numérisé non relu

I. — Le départ de Yamaguchi

Depuis six mois, Xavier travaillait à Yamaguchi. Songeait-il à porter l'Evangile sur quelque autre point du Japon, à explorer les terres voisines, ou à rentrer aux Indes? Une lettre, écrite vraisemblablement en mai ou enjuin^ raconte simplement les travaux du missionnaire et se tait sur le reste.

II n'est pas impossible que, à cette date, il pensât à profiter de la première occasion pour retourner à Goa. Il n'avait jamais songé à se fixer au Japon. Il y était venu examiner les lieux et se faire son expérience du pays. Déjà il avait commandé du renfort, et, sans doute, les Pères, appelés par lui en novembre 1549, étaient en route depuis un mois ou deux. Cela ne suffisait pas. Le bien même de la mission exigeait qu'il retournât dans les Indes lever d'autres recrues et intéresser les autorités à son œuvre.

Pour le bien du Japon encore, il croyait utile de s'occuper de la Chine.

Au cours de ses entretiens avec les Japonais, surtout dans ses controverses avec les bonzes, une chose l'avait frappé, la place que tenait, dans leur estime, l'empire voisin. Comment la

1. C'est le n" 96 des Mon. Xai\ (p. 658, 664) ; mais le texte fourni en cet endroit est fautif, juxtaposition maladroite de deux fragments (ibid., p. 969). Le vrai texte est dans Valignano {ibul., p. 124, 127). Le Père Gros en traduit les passages importants (p. 92, 98, 110, 126). L'année (1551) est fournie par Valignano (p. 124). Le mois doit être mai ou juin. Le saint était revenu à Yamaguchi en février-mars, avait travaillé plusieurs semaines sans résultat, puis, en deux mois, avait gagné 200 chrétiens. La lettre qui nous donne ce détail a donc dû être écrite trois mois après le retour de François. Par quelle voie comptait-il la faire parvenir à destination? Quelque vaisseau portugais avait-il paru en ce temps-là à Firando ou ailleurs ? nous ne savons.

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religion des Européens pouvait-elle être la seule vraie, alors que la Chine l'ignorait? C'était l'argument commode, mais humiliant pour l'orgueil national, derrière lequel, vaincus sur toute la ligne, ils allaient s'abriter. En fait, que ne devaient-ils pas à la Chine? le bouddhisme, leurs sectes les plus anciennes, ce qu'il y avait de morale dans le Shinto et qui était pris de Confucius,les beaux-arts, l'écriture, l'industrie, la bureaucratie, la division en classes. Tout cela, sous le vernis japonais, était et restait chinois. Mais pourquoi, se demandait le missionnaire, après avoir donné au Japon ses faux dieux, la Chine ne lui donnerait-elle pas le Dieu véritable? Présenté par cette main, le christianisme serait certainement reçu. Il importait donc au bien même du Japon que la Chine devînt chrétienne.

Là-dessus, Xavier se mita recueillirdes renseignements. « La Chine est une terre immense, pacifique. On n'y connaît pas la guerre (allusions aux incessantes guerres féodales dont le Japon était le théâtre). Les Portugais qui sont là nous disent que c'est le pays de la justice, supérieure à ce qu'on voit dans toute la chrétienté. Les Chinois que j'ai rencontrés', au Japon ou ailleurs, sont très fins, très industrieux, beaucoup plus que les Japonais, et hommes de travail. Leur terre est riche en toutes productions. On y voit de grandes cités, des maisons en pierre, bien bâties. D'après tous ces rapports, la grande richesse, c'est la soie. Nombreuses religions : on m'a dit qu'il y a chez eux des musulmans et des juifs. Je n'ai pu savoir s'il y a des chrétiens^. »

On lui raconte encore que les Chinois avaient une législation complète; un seul roi, et, à la différence du Japon, très obéi. Le peuple était studieux, adonné à l'étude des lois politiques, désireux de s'instruire. Il ajoutait : « Ils ont le teint blanc (par opposition aux Hindous); jeunes et vieux sont imberbes. Ils sont libéraux : par-dessus tout, ils sont pacifiques^. »

Il y a dans ce portrait quelques détails trop optimistes. La

1. Bartoli raconte, nous ne savons sur quelle autorité que, à Yamaguchi ou dans un port voisin, Xavier avait souvent rencontré des Chinois et qu'il leur consacrait un sermon tous les matins. Ce serait même une des occasions où se serait manifesté son don des langues {Asia, 1. III, n. 19; cf. Gros, II, p. 344).

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