‹ Saint François XavierChapitre 608 sur 820 · AU BU^'GO · texte numérisé non relu

AU BU^'GO

]ité liisiorique se cache sous les embellissements de riiicorrigible romancier.

Les progrès de la foi dans les domaines de Yoshicliige n'allaient pas sans lutte. Battus dans les controverses, les bonzes essayaient de discréditer le missionnaire, lui faisaient un crime de sa pauvreté, menaçaient le peuple et le prince de la colère des dieux. Ils cherchaient à se débarrasser au plus vite des marchands et du Père. Peu s'en fallut que, par leur faute, une rixe n'éclatât entre indigènes et étrangers. Mais les dispositions du prince étaient connues et le complot échoua. Allaient-ils en rester là, humiliés et penauds? Une ressource demeurait, faire croire que le prêtre chrétien fuyait devant les risques d'une discussion publique.

Donc, au moment où le Père et les marchands prenaient congé du prince, arriva un docteur célèbre des environs, l'oracle du pays. Yoshishige ne put dissimuler son inquiétude, mais François insista pour que le savant homme fut introduit. Suivit un débat qui ne tourna pas à l'honneur du bouddhiste. Là-dessus, fureur des bonzes, interdit jeté sur la ville, fermeture des temples, suspension du culte. Le bas peuple superstitieux fermentait. Les Portugais pensaient que le moment était venu de mettre à la voile. François jugea qu'il fallait rester : il y allait de l'honneur du christianisme. Les marchands furent dignes du prêtre, et le navire, qui déjà s'était un peu éloigné, rentra au port.

Une nouvelle conférence fut organisée pour le lendemain, tous les bonzes de l'endroit, trois mille, c'est le chiffre de Pinto, se présentèrent. Le prince en laissa entrer quatre, fixa les conditions de la lutte, et présida lui-même les séances. Elles durèrent cinq jours, roulèrent sur les sujets habituels, nature de Dieu, nature de l'âme, etc., et furent encore peu glorieuses pour les docteurs. Ils manquèrent à toutes les lois de l'étiquette japonaise, s'irritèrent contre le daimyô, et se retirèrent confondus.

Tel est, très abrégé, le récit du voyageur. Qu'il y ait eu pendant le séjour de Xavier au Bungo, de grandes discussions doctrinales, par devant le prince, rien de plus vraisemblable. Mais on aimerait à en tenir le détail d'un témoin autorisé.

Quoi qu'il en soit, maintenant François Xavier pouvait partir : le prêtre de Jésus-Christ n'avait pas l'air de fuir la honte et le danger.

11 allait donc quitter le Japon, laissant à la garde de Dieu la mission, bien frêle encore, qu'il venait de fonder : quatre ou cinq groupes de fidèles; 150 ou 200 à Cangoxima, une trentaine à Ychicu, un millier peut-être à Yamaguchi, plusieurs centaines à Firando et au Bungo. Tous ne sortaient pas du bas peuple: il y avait déjà parmi eux quelques nobles et jusqu'à d'anciens bonzes. En tout de 1.500 à 2.000 chrétiens*. Ce n'était pas, tant s'en faut, les conversions en masse que Paul de Sainte-Foi avait fait espérer. Mais, à défaut du nombre, on avait la qualité, et le mot de saint François Xavier restera proverbial, « les chrétiens du Japon, mes délices! »

Pour les administrer, il leur laissait deux hommes dignes de lui. Fernandez parle déjà couramment le japonais. Les missionnaires lui devront le premier lexique el la première grammaire. La langue du pays lui deviendra comme naturelle. Même à son agonie, c'est en japonais qu'il invoquera Jésus et Marie^. Le Père Melchior Nunez, vice-provincial des Indes, écrira bientôt au Pv. P. Général : « C'est lui surtout qui fait progresser l'Evangile. D'abord i! y a le bon exemple de sa vie humble et mortifiée. Puis, dans son élocution, les Japonais trouvent une grâce particulière, ce qu'ils appellent le ?nuxuree {?). Ils jouissent de l'écouter prêcher : il a toutes leurs manières et leurs gestes, à eux, le peuple le plus cérémonieux que j'aie jamais vu. Ce n'est pas un lettré, mais il est rompu à la controverse et à la prédication; il sait rendre compte de la foi chrétienne atout

1. Le chiffre 1.500 so trouve dans les Ephemeridcs du Père Nadal {Epistolae, t. I, ad annuin 1550). Voiui quelques détails. Nous avons parlé plus haut des convertis de Gangiixiina. A Firando, une centaine de personnes furent baptisées avant le départ du saint pour Miyako (Gros, II, p. 'JS), et « un grand notiiure » pendant son absence (p. 124). A Vamaguchi, 500 convertis en deux mois (p. Ul). Tursellini (1. IV, ch. 8) et Lucena~{l. IX, c!<. 1) parle .t de :{.000 en un an; chiffre ccrtainemont exagéré. Nous ne savons rien de précis sur le Bunsfo. Dominique Galdeira parle de 300 baptêmes amenés par la g-uérison de l'aveugle {Process. 1616, n. 1).

En 1534, d'apro-s le Frore Pierre de Alcaçova, il y avait à Yamaguchi plus de 1.500 chrétiens; au Bua^o, 700; à Firando, environ 200; à Cangoxima, 500 {Epist. Japonicae, Louvain, I5ft9, p. 72). L'année siivante, le P6re Gago indique 2.000 chrétiens pour Yamaguchi, 500 pour Firando, l..-)00 pour le Bungo (iôid., p. 7G et 81).

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