RODRIGUEZ, p
4. Gamara, p. 145; Rodriguez, p. 491, etc. Par erreur Polanco (p. 62) donne Salineron pour compagnon à Xavier. Cf. Epist. P. Broet, p. 197, note.
5. RiBADENEiRA dan« Scripta, p. 382 ; Ribadeneira-Clair, p. 245.
Devant cet autel, nous disent encore ses historiens, il versait des larmes en abondance. Les assistants contemplaient étonnés ce prêtre inconnu, jeune encore, d'une ferveur si extraordinaire. Une dame espagnole, tertiaire dominicaine, venue à Bologne pour finir ses jours près du saint tombeau, en fut frappée et voulut lui parler. Prenant avec elle une de ses amies, elle lui demanda la faveur d'un entretien. On ne causa que des choses de Dieu ; Xavier le fit d'un tel accent que l'autre tertiaire, sœur Isabelle Gasalini, se retira bien convaincue qu'elle avait vu un saint. « Cette conversation, disait-elle, m'anima fortement à la pratique de toute vertu. » Elle en parla à son oncle dom Jérôme Gasalini de Forli, chanoine de SanPetronio et recteur de l'église Santa Lucia, et fit si bien que le chanoine offrit aux deux Pères l'hospitalité de sa maison et de son église ^
Le saint ne put refuser le logement; mais jamais on ne put l'amener à se nourrir d'un autre pain que celui de l'aumône. On l'épiait pendant la nuit et dom Jérôme put constater de ses yeux que le temps du sommeil se passait pour lui à se mortifier et à pleurer sur les souffrances de Jésus en croix. 11 essaya de le modérer un peu, ce fut en vain. Plus tard, il porta sur lui ce témoignage :
« Il parlait peu, mais ses paroles étaient d'une efficacité merveilleuse. Dans ses prédications, telle était son ardeur qu'elle se communiquait vite à l'auditoire. Je l'ai vu souvent répandre d'abondantes larmes à l'autel, surtout quand il célébrait la messe de la Passion. Ainsi l'ai-je vu quelquefois tellement ravi au mémento des vivants qu'on ne pouvait le tirer de son ravissement, et il fallait attendre jusqu'à une heure entière qu'il en revînt de lui-même. On peut bien dire de lui qu'il était homme de grande oraison et, comme Daniel, un « homme de désir. »
La journée se passait auprès des malades, des prisonniers, des pauvres, des malheureux de toute sorte. « 11 parcourait les rues agitant son chapeau et criant : « Venez ouïr la parole de Dieu. » Le premier banc venu lui servait de chaire. Il prêchait dans un mauvais italien chamarré de français et d'espa-
1. TuRSELLi.Ni, 1. I, ch. vu; LucENA, 1. I, ch. VI; P. Scb. Gonçalvez, cité par le P. Gros, Vie, t. I, p. 144-1'!.").
gnol. « Il recommandait surtout la fréquentation des sacrements, remèdes souverains contre le péché, et dès lors se renouvela à Bologne la coutume de communier comme dans la primitive église; aussi s'opéra-t-il dans cette ville, chez un grand nombre, changement notable de vie*. »
Saint Jérôme avait promis à François une lourde croix pour son séjour à Bologne. 11 retomba malade. L'hiver était dur et malsain. « Ce n'était, dit Rodriguez, que brouillards, pluies froides et continues 2. » Une violente fièvre quarte commença à miner l'organisme déjà fatigué du missionnaire ; il n'en continua pas moins ses œuvres de zèle^.
Cependant l'année prévue par le vœu de Montmartre s'était écoulée sans que s'offrît l'occasion attendue pour la Palestine. Maintenant les Pères étaient libres de leurs démarches. Restait à venir rendre compte au pape de leurs travaux et à s'offrir pour de nouveaux labeurs '. Ils prirent donc le chemin de Rome.