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Process. 155G, Goa, n

Le temps, jusqu'à Singapour, avait été à souhait. Soudain une nouvelle tempête passa, menaçant de fracasser le Santa Croce. On était au plus fort de la tourmente quand Xavier dit à Pereira : « Remerciez Dieu, Seiior Diogo, qui nous accorde plus de grâces que nous ne méritons. Plaise au ciel que le vaisseau qui est parti de San-Ghoan avant nous soit aussi heureux que le nôtre ! Nous n'allons pas tarder à avoir la preuve de son désastre. Quanta votre Santa Croce^ soyez en paix : il se désagrégera de lui-même de vétusté, là où il a été construit i. » Et il disait encore au pilote François d'Aguiar qu'il voyait inquiet : « Courage et joie ! vous ne mourrez par sur mer, mais dans votre lit^. » La tempête s'éloigna. Quelques heures après, l'on vit, flottant surles vagues, des ballots de marchandises etdes cadavres. François d'Aguiar n'oublia pas la prédiction du saint. Sa femme racontait plus tard que son mari n'avait plus peur de rien. Il fît les voyages les plus téméraires, en dépit de la mousson, sur de mauvaises embarcations 3. En pleine tempête, quand tous désespéraient, lui, chantait. Un navire qui l'avait pour pilote ne courait aucun risque. Un jour, après une tourmente pendant laquelle, confiant en Maître François, il avait tout bravé, l'équipage musulman se convertit^. Pourtant il fit naufrage plusieurs fois, mais s'en tira toujours, et mourut dans son lit, en un port du Pégu, au sortir d'un typhon^.

Cependant les voyageurs n'étaient pas rassurés. Ils savaient que Malacca, récemment, avait eu à souffrir: on parlait d'un siège. Déjà, au Japon, François, qui cependant ne pouvait rien savoir par voie naturelle, avaitditavecinsistanceaux marchands portugais: « Prions pour nos frères de Malacca; la ville est assiégée et en grande détresse^. » On avait dû recueillir à San-Choan

1. LucETSA, I. IX, ch. 17, d'après une relation do Pierre de Castro, gendre de Diogo Pereira. Tursei.lini (1. V, ch, 5) met cette tempête l'année suivante entre Goa et Malacca : mais la prédiction eut lieu sur le vaisse;iu de Pereira. Or on ne voit pas que Xavier ait navigué sur ce vaisseau ailleurs qu'entre la Chine et Malacca, décembre 1551 et novembre 1552. Valignano, p. 142, confond cette tempête avec la précédente. Cf. Process. 1616, n. 37.

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