Dip. Aoisi, fol
l'iNDE pendant l'absence de FRANÇOIS 263
quelque chose de tout cela en Maître François, de qui je ne suis pas digne de délier la chaussure^ »
Cependant Barzée se sentait à l'étroit sur son rocher. De tous côtés lui arrivaient nouvelles et requêtes. On l'appelait à Oman 2. De Perse, on lui mandait qu'un évêque, un Chaldéen peut-être, voulait se renseigner sur les choses de la foi^. A Constantinople, les esclaves chrétiens parlaient de lui sur les galères du sultan. Un chrétien partit même de là pour Ormuz : et voilà que Barzée reçut un jour un étrange et hideux envoi, une tête coupée et une lettre. Le fugitif avait été saisi, jeté en prison, surpris écrivant au missionnaire et décapitée. . Que de travail à entreprendre en toutes ces régions ! Mais l'obéissance l'enchaînait à Ormuz.
Du moins essayait-il de se compenser dans le monde infidèle qui l'entourait. Ce fut sans grands résultats. Son meilleur succès fut la conversion d'un fakir jaïnite et de ses disciples-'. Auprès des Juifs, il échoua. Il eut avec leurs rabbins, et il y en avait de savants, des controverses. Il alla jusqu'à commenter la Bible dans la synagogue, et là, prêcher l'avènement du Messie. Il fut écouté, mais personne ne se convertit. Lui-même en apporte ces deux raisons : il eût fallu restituer l'argent mal acquis, et les Juifs convertis étaient trop mal traités par les chrétiens*'.
De même les musulmans. Après l'avoir accueilli à coups de pierres et couvert de boue, ils avaient fini par se familiariser avec le « grand caciz des Franguis'^». Cet homme, qui faisait faire tant de restitutions, n'était pas un personnage ordinaire : on lui baisait la main, on recourait à lui dans les difficultés avec les chrétiens; il était Jean-Baptiste en personne, fils de Zacharie^. Pour suffire à tous, Barzée finit par réserver son sermon du vendredi aux musulmans; le samedi était pour les Juifs, le
1. Lettre du 12 janvier 1553, citée dans les Mon. Xa^'., p. 486, note 2.