‹ Saint François XavierChapitre 643 sur 820 · Sel. Ind. Ep . , p. 135, 13G · texte numérisé non relu

Sel. Ind. Ep . , p. 135, 13G

Le sens est, croyons-nous, qu'il continuera à être le dépositaire et l'administrateur de» privilèges de l'Ordre. Dans la Compagnie, les privilèges concédés par le Pape sont comme remis entre les mains du supérieur, à qui il appartient de les communiquer dan» la mesure qu'il juge convenable.

l'iNDE pendant l'absence de FRANÇOIS 269

contre l'obéissance. Nous cherchons le bien de la Compagnie ; cette solution est la meilleure pour le travail et l'édification de tous. Pour l'amour de Dieu, que Votre Paternité approuve cette manière de faire. Antoine Gomez est honnête homme et assez bon prédicateur, mais, au jugement de tous, absolument incapable de gouverner. 11 vous écrira des lettres ardentes et éloquentes. Mais vous avez l'esprit de Dieu et vous saurez lire entre les lignes. » Et la lettre de Lancilotti porte la note significative, « confidentielle, ipse solus légal ».

Gomezavait donc quelques raisons plausibles de se considérer comme vrai supérieur intérimaire, non seulement du collège, mais de toute la mission, et il agit en conséquence. A vrai dire, il n'avait pas attendu les lettres de Rome pour entrer sur un domaine qui n'était pas le sien. Dès la fin de 1549, on le voit intervenir dans les aflaires du cap Comorin, pour enjoindre aux missionnaires de se montrer plus sévères que le Père François en des questions d'empêchement de mariage ^

Mais c'est surtout au collège que Gomez fit sentir son autorité. La maison n'appartenait point encore à la Compagnie : les Pères n'avaient donc aucun droit d'enlever à l'œuvre son caractère primitif de séminaire indigène. Ils ne pouvaient rien sans l'aveu des fondateurs et du roi^. C'est ce que paraît n'avoir pas compris le recteur. Fort de son crédit auprès du gouverneur Cabrai, il entreprit de tout réformer.

D'abord, sous prétexte d'entrer dans les intentions de saint Ignace, il supprima ce qui faisait en partie la popularité de la

1. PoLANCO, Cfironicon, t. II, p. 144. Saint François Xavier avait trouvé chez les Indiens l'usage de se marier même entre parents au second degré. Ses facultés de nonce ne prévoyaient les dispenses de mariage que dans les cas d'afûnité (Gros, I, p. 486). 11 interdit donc les unions au second degré. Pour le troisième et le quatrième, il crut pouvoir se taire provisoirement. Antoine Gomez n'admit pas cette tolérance ; il lui fallait un induit, qui du reste fut accordé pour quelques années. Est-ce Xavier qui le demanda.' Nous ne savons. La requête ne ligure pas parmi celles qu'il soumit à saint Ignace en 1542 (Mon. Xav., p. 815). En 1549, Paul III, parla bulle Licet debitum, permit, dans les lieux très éloignés, de laisser subsister les mariages contractés avant le baptême, in ^radibus non licitis, tamen lege divina non prohibitis, donc même les mariages au second degré. Des unions à contracter entre chrétiens, il n'est pas question. En janvier suivant, alors que la bulle de Paul III n'était pas encore connue aux Indes, Lancilotti demandait une extension à l'Orient des concessions faites aux indigènes de la Nouvelle-Espagne {Sel. Ind. Ep., p. 128). « Ces néophytes, dit-il, ne parviennent pas à admettre qu'on interdise le mariage entre parents. »

maison. Les Goanais aimaient, dans cette église bâtie de leurs deniers, à assister aux offices, à entendre chanter ces enfants qui vivaient de leurs aumônes. Les jours de fête, on psalmodiait les petites heures, vêpres et complies. Ce n'était en vertu d'aucune obligation stricte imposée par les fondateurs, mais rien n'allait mieux au but de la maison, former des clercs indigènes. Les premiers Pères arrivés àGoa, Xavier entête, trouvèrent l'usage établi et le conservèrent. D'aucuns ensuite eurentdes scrupules. Saint Ignace, pour des motifs graves, voulait que la Compagnie ne fût pas astreinte au chœur et il n'admettait dans ses églises à peu près aucune musique * . La loi s'appliquait-elle au cas particulier de Goa? Antoine Criminale avait hésité^. Gomez n'hésita pas ; il était pour la règle sans glose. Avant même d'en référer à Rome, il supprima d'autorité ce qu'il jugeait un abus. Le public murmura et cessa de fréquenter l'église 3. Disons immédiatement que saint Ignace n'admit pas les vues bornées de Gomez ^ .

Ce n'était là qu'un début et les Goanais devaient avoir d'autres surprises. Le recteur estimait qu'il n'y avait rien à tirer des séminaristes indiens. Son expérience était faite. Il avait essayé de leur imposer un règlement à l'européenne, multiplié les ordonnances, fixé rigoureusement les heures pour la contemplation, l'oraison, l'examen etc. Les indigènes restaient d'humeur inquiète, inconstants, impatients du joug. Et il allait répétant à qui voulait l'entendre qu'ils étaient incapables d'idées surnaturelles et de mortification. Ne les avait-on pas vus, le jour où ils l'avaient eu pour supérieur, sauter par-dessus les murs et prendre la clef des champs ? Conclusion logique : il fallait les congédier, et reprendre l'œuvre ailleurs sur nouveaux frais et avec des méthodes nouvelles^.

Mais comment vider la maison sans soulever une tempête ? Il alla par degrés, remplaçant peu à peu les indigènes par des Portugais. Mais ces Portugais eux-mêmes ne pouvaient porter

Page 1