Bartoli, 1. IV, n
à André, nous irons au palais une autre Ibis : cette journée, Dieu la veut pour lui'.»
Les heures de travail écoulées, François semblait vouloir se compenser des interruptions qu'avait dû subir sa prière. S'il avait pu, la nuit entière se fût passée en oraison. C'est alors que ses amis l'épiaient et regardaient par les fentes des portes. Au collège, c'est dans le jardin qu'on le suivait, faisant des stations de chapelle en chapelle. Aujourd'hui encore, dans cette espèce de forêt vierge qu'est devenu Goa, près des ruines informes du séminaire, on voit un de ces ermitages. Jadis, à Rome, on l'avait entendu pendant son sommeil, rêver de travaux et de souffrances et il murmurait: «Encore, Seigneur, encore. » Maintenant dans l'ombre de l'oratoire, son cœur, débordant de joie céleste, laissait échapper un autre cri : « Assez, Seigneur, assez, nào mais, Senor, nào mais. » Et la chapelle estdevenue pour les pèlerins le sanctuaire duA'o mais^. A quelque distance, on trouve un puits carré, profond, taillé dans le roc, avec un escalier sur le côté descendant au niveau de l'eau. Là, parfois, dit-on, Xavier venait baigner sa poitrine brûlante d'amour 3. Sourent il resta dans ce jardin de longues heures pendant la nuit, les yeux au ciel, la soutane ouverte pour apaiser un peu le feu qui le dévorait. Et c'est l'attitude que lui prêteront les artistes quand ils voudront représenter, non tant l'apôtre dont le bras se fatiguait à baptiser, que le saint aux prières consumantes.
Puis il rentrait. Partout où nous l'avons suivi, dans les hôpitaux et dans les missions, aux Indes, à Malacca, au Japon, toujours nous l'avons vu ne donner au sommeil que ce qu'il ne pouvait physiquement lui refuser. Le plus possible, il tâchait d'avoir sa chambre près de l'église, afin de pouvoir pendant la nuit s'y retirer pour prier. Au collège de Goa, il aimait une petite tribune qui donnait sur le sanctuaire et d'où il voyait le tabernacle. Parfois il allait s'agenouiller devant l'autel. Quand ses jambes épuisées refusaient de le porter, il tâchait de se soutenir sur les mains, jusqu'à ce que la nature finît par l'emporter et lui arrachât deux ou trois heures de sommeil. Là