Tradition Jocale
encore, jusque dans ces moments de brève détente, la passion divine le suivait; lorsque, terrassé par la fatigue, il était tombé sur le sol, dans sa cellule, auprès d'un malade, devant Tautel, on l'entendait qui soupirait en rêve : « 0 Jésus, mon créateur, mon roi, bien-aimé de mon àme*! »
Revenons à la lettre du Père de Quadros, écrite à une époque où le souvenir du saint, tout récent, défrayait les conversations dans cette ville de Goa, pleine de marchands, de soldats, de matelots, qui l'avaient rencontré sur toutes les plages de l'Orient.
« La souffrance, le labeur, lui étaient si chers que jamais il ne s'était senti plus consolé qu'à Maluco, où tout lui manquait du côté des hommes. Dans ses tribulations, sa prière habituelle était : « Seigneur, ne m'en délivrez que pour m'en envoyer de « plus grandes encore pour votre amour. » Et le Seigneur exauça si bien ce désir ardent des fatigues et souffrances, que ce serait vraiment trop long d'essayer de le raconter ». Et le Père de Quadros énumérait : sommeil de deux à trois heures, deux qiiatrini de pain par jour pour nourriture, périls de mort, naufrages, menaces de prison, fuites à travers les forêts, froids excessifs du Japon, chaud excessif des Indes, et le reste que nous connaissons.
« Il fut toujours très pauvre, poursuit la relation, et très amant de la pauvreté. Au collège, il demandait à manger pour l'amour de Dieu. Quand il s'embarquait, il avait pour tout bagage ses vêtements, son bréviaire et un autre livre. Sur le vaisseau, les soldats lui prêtaient, pour l'amour de Dieu, chemise, souliers et autres choses nécessaires. Cependant, tel était le respect qu'on avait pour lui qu'on lui réservait toujours le meilleur endroit du vaisseau.
« Son obéissance était très parfaite à l'égard de ses supérieurs, dans la Compagnie; et de même il voulut toujours se comporter en homme très obéissant, non seulement avec l'Évêque et ses vicaires, mais aussi avec les autres religieux. Il donnait aussi à ses inférieurs comme direction l'obéissance aux
1. TuRSELLiNi, VI, ch. v; — LviCENA, 1. VI, ch. 5. — On s'est demandé à ce propos si parfois l'extase n'arrive pas à tenir lieu de repos naturel, si le corps ne trouve pas le relâche nécessaire dans la suspension miraculeuse de Taclivité normale (A. Poulain, Les Grâces d'oraiton, p. 237 (6» édition).
vicaires épiscopaux dans les forteresses. Ils devaient aller, en arrivant, leur baiser la main ; s'ils les rencontraient dans les rues, les saluer avec respect. C'est ce qu'il faisait lui-même jusqu'à se jeter à leurs pieds'. »