PoLANCO, t. II, p
De quoi s'était-on scandalisé à Baçaim? Sous les conseils donnés à Nunez, avons-nous le droit de deviner des reproches à l'adresse du prédécesseur? Il y avait eu, ce semble, quelques brouilles avec le clergé, des rapports peu favorables envoyés à la cour sur le vicaire et ses prêtres, ou encore des dépenses exagérées, un emploi des revenuscontraireauxintentionsduroi, des maladresses dans le recouvrement des rentes ^ Quoi qu'il en soit, Xavier redoute les esclandres et il écrit à Nunez : « François Enriquez va pour être sous votre obédience. Souvenez-vous de lui ordonner au nom de l'obéissance d'éviter tout scandale, d'être endurant et patient. Allez aux informations, sachez si l'on se scandalise de lui ou des autres, et recourez aux remèdes... Si quelqu'un tombait en une faute publique qui fît grand scandale, sans retard, chassez-le de la Compagnie. Ceux que vous expulserez, je les tiendrai pour expulsés, car j'ai confiance en votre prudence : vous ne ferez rien sans raison grave ^. »
Sous une autre forme, c'est la même leçon de concorde qu'il donne au supérieur de Cochin, le Père de Eredia^. Mais à personne il ne parle avec autant d'énergie qu'au vieil Alphonse Gypriano, de San-Thomé. Ame impétueuse, quand il se laissait emporter par sa haine du vice, il dépassait par trop les bornes de la discrétion apostolique. Or cette ville de San-Thomé, renouvelée naguère par Xavier, était retombée, paraît-il, dans son premier état. Il n'en pouvait guère être autrement avec ces populations flottantes sans cesse renouvelées; et l'on disait : « 11 n'y a de bon ici que le corps de saint Thomas '. » Gypriano plus tard écrivait à saint Ignace : « Des Européens qui viennent aux Indes, je ne crois pas qu'il y en ait un sur quatre qui se sauve... Quant aux indigènes, pour un que nous gagnons, nous en perdons quatre. » 11 était intarissable sur le mal que faisait le mauvais exemple des Européens^.
Ge qu'il écrivait, Gypriano le prêchait aussi. Les moyens de douceur ayant échoué, l'indignation du vieil Espagnoll'emporta, Il se trouva que, sans jusque-là s'en être douté, il était orateur.