II. — Le conflit
Le capital! de Malacca était toujours ce don Pierre de Silva dont le Père François avait eu déjà tant à se louer ; mais il touchait au terme de sa charge. Sa situation était fort amoindrie par la présence de son frère et successeur. Sous prétexte de fuir la vie trop dépensière de Goa, don Alvaro de Alaïde était arrivé à Malacca un an d'avance. Naturellement c'est vers lui que se tournaient les ambitions. Nommé provedor de la Miséricorde, il se trouva d'emblée à la tête des notables, et le capitan disait : « Avec sa capa da misericordia (son manteau de confrère), le voilà qui me vole ma forteresse. » Sur ces entrefaites, lui arriva de Goa le titre de capitào môr do mar\ capitaine général delà mer, ce qui faisait passer sous sa juridiction le port et ses dépendances. A son frère ne restaient plus que la forteresse et la ville 2,
Ce n'est donc plus avec don Pierre de Silva, son ami, que Xavier devait traiter; mais avec don Alvaro. Il arrivait, muni des lettres de l'évéque au « roi de la Chine ^ ». A Diogo Pereira, le vice-roi envoyait ses lettres de créance et ses patentes d'ambassadeur^. Pour les conduire tous deux jusqu'à Canton, Alphonse de Noronha mettait un « navire du roi » à leur disposition^. Pereira s'en était allé faire ses cargaisons, en vue du A^oyage, dans les îles de la Sonde. 11 attendait à Singapour le moment de revenir à Malacca^, et d'y prendre ce qu'onlui envoyait de
1. L'histoire des conflits entre Ataïde et Xavier est difficile à détailler. Nous n'avons aucune relation contemporaine complète. Le Père Parez dut en écrire une par ordre du saint (3/o». Xav., p. 765); elle n© nous est pas pan^enue; mais le Père de Sousa parait l'avoir consultée (I, p. 599). Les lettres de François sont des plus discrètes. Les détails fournis par Pinto (ch. 21 .ô) sont, comme toujours, suspects. Il y a peu à prendre dans do Couto (D. VI, 1. X, ch. 7) et dans Andrada (P. IV, ch. 90). Polanco ne dit presque rien (t. IV, p. 6i5). Les ancien» biographes (Valignano, p. 148; Tlrsellixi, 1. V, ch. f>; LuGF.NA, 1. X, ch. 15) sortent peu des généralités. Bartoli est plus détaillé (1, IV n. 11 et 12), mais il y a, comme toujours, un peu de rhétorique dans son récit. Celui de Sousa [loc. cit.) paraît encore le meilleur, comme rédigé sur pièces plus anciennes.
2. Do GouTO, D. VI, 1. Xf ch. 7, p. 443. Quelques historiens, par exemple Sou-a (p. 595), assurent que D. Alvaro devait son titre de capitào mor à Xavier lui-même et que le saint le lui avait apporté de Goa .