II. — La « mission » des Indes (15-16 mars
Bobadilla ne tarda pas à arriver, mais malade, lui aussi, sortant à peine convalescent d'un hôpital de Naples, à moitié paralysé par une violente sciatique. Impossible de songer à lui pour les Indes. Impossibilité providentielle : malgré ses rudes vertus, nul peut-être, parmi les premiers compagnons d'Ignace, n'avait plus besoin d'une autorité forte et douce pour le contenir. Il n'était pas l'homme que réclamera Xavier, patient et doux, docile et maniable, mettant au-dessus de tout l'esprit de paix et* de concorde^.
Mais qui nommer à sa place? Le temps pressait. L'ambassadeur ne voulait ni différer son départ, ni s'éloigner sans le second missionnaire promis. François ne pouvait ignorer les négociations ouvertes et l'embarras d'Ignace. Par ailleurs ses désirs étaient ardents. 11 savait, par révélation, la volonté de Dieu à son égard. Ce n'était pas à lui pourtant de prendre l'initiative. Au mois de mai précédent, les Pères avaient discuté le cas suivant: « Si quelqu'un se sent vivement attiré vers une mission plutôt que vers une autre, à qui pourra-t-il manifester cet attrait? » 11 fut répondu: « Non pas au pape, mais au supérieur. Que s'il s'agit d'un attrait pour les missions en pays infidèles, et que le pape, consulté par le supérieur, s'en remette à lui, le Père en question devra passer dix jours à s'examiner dans la solitude, pour voir s'il y a véritablement la vocation divine, et ensuite, s'en remettre au jugement de la Compagnie^. »
L'attrait, François le sentait vivement, et certainement ne Pavait pas caché au Père Ignace. Mais ce n'était pas à lui de hâter l'heure de Dieu. «Tout à coup (nous traduisons Ribade-
1. Voir la notice qui lui est consacrée dans l'Asia de Bartoli (1. Vil, n. 38).