C. Mon. Xav., p
D0?< ALVARO DE ATAÏDE 327
à tous ceux qui dépendaient de lui de pourvoir aux besoins du Père et aux nécessités de son voyagea
Il ne manquait pas de gens pour lui déconseiller d'aller en Chine. N'avait-il pas assez à faire à Malacca ? Pourquoi ne pas attendre la fin de la lutte? Que trouverait-il en Chine sinon la mort ? Pourrait-il même y entrer ? Le saint répondait qu'il savait tout cela : mais la ville était divisée à son sujet, il devait s'éloigner. Puis, il ne pouvait abandonner les Portugais prisonniers à Canton : il devait tenter quelque chose pour eux. Quant à la mort, c'était le martyre et que désirait-il autre chose-?
Un moment vint cependant où le séjour dans la ville devint intolérable. 11 écrivit à Pereira (2.5 juin) qu'il se réfugiait sur le vaisseau pour ne plus voir les gens venir, les yeux en pleurs, lui reprocher leur désastre. « J'en mourraisde chagrin, disait-il, si mon intention n'avait pas toujours été de vous servir en servant Dieu. Je vous en supplie, ne venez pas me voir, cela ne ferait qu'augmenter ma peine.»
Et il promettait à son ami d'écrire au roi pour réclamer juslice. Son dernier mot était : « Dieu sait combien je souffre de voir ce que vous fait don Alvaro... J'en souffre d'autant plus que c'est de Dieu Notre-Seigneur que viendra le châtiment, lequel sera plus terrible qu'on ne pense ^. »
Le vaisseau ne mit pas à la voile aussitôt que François l'eût souhaité. Trois semaines s'écoulèrent avant que tout fût prêt pour le départ. Ce qu'il fit pendant ce temps, les historiens ne l'ont pas raconté. L'on remarqua seulementqu'il ne perdit rien de son calme; il resta extérieurement aussi paisible qu'il l'était à Goa, gouvernant et administrant en maître la Compagnie*.