P0LA.NCO, loc. cit
'*. Du Jakkk:, 1, p. r>66; — Sous^a, I, p. 421-422.
r.. PoLANco, t. I, p. 3M)-47C; — Sousa, I, p. 405-407; — Bartoli, 1. VI, n. 6.
saient pas assez souvent dans ces parages pour assurer la liberté de conscience, et les chrétiens n'avaient pour les défendre que le Père Jean de Beira. La maladie l'ayant un jour contraint de rentrer à Ternate, il obtint du capitan une démonstration armée sur les côtes. Revenu à son poste, mais toujours miné par la fièvre, il reprit sa vie de missionnaire. Deux ou trois fois il fit naufrage. Un jour il se sauva en nageant jusqu'à une côte ennemie, y passa des jours et des nuits presque nu, ayant perdu habits, livres et bréviaire. Blessé aux pieds, aux mains, plus mort que vif, obligé de se cacher, parce que le sultan de Gilolo, en guerre avec les Portugais et avec Ternate, tenait la campagne, il parvint à se réfugier à Tolo*. Ne pouvant emporter d'assaut ce gros bourg, bien fortifié sur la colline, l'ennemi ravageait les environs. Le Père descendait la nuit dans la plaine pour secourir les chrétiens dispersés ; mais il eût fallu être partout à la fois. Or il était seul. Quatre de ses compagnons, découragés par tant de souffrances, s'étaient éloignés ^. Puis, le sultan, ayant fait proclamer qu'il accordait la paix à qui reviendrait à l'ancien culte, un des principaux de Tolo donna le signal des défections : tout le peuple suivit. L'œuvre de Xavier était détruite. Traqué par les renégats, le Père de Beira fut fait prisonnier. Ces événements se passaient en 1550^.
Jean de Beira, en les racontant à Xavier, put ajouter que Dieu châtia l'apostasie en frappant tout le pays environnant de stérilité. Les réserves de riz pourrissaient, les eaux douces devenaient salées. Survint une peste qui acheva le désastre commencé par la famine. Pour lui, délivré de prison, il revint à Ternate. Les musulmans mirent la région en état de résister aux Portugais, s'ils venaient tenter un coup de main, et fortifièrent les villages, lisse retirèrent dans Tolo, et le seul chemin qui donnait accès à la ville fut garni de bambous aigus
1. Tous c«s faits, ot c«ur qui suivent, sont racontés par le Père lui-même dans une lettre du 24 février 1553 (Epistolae Indicae, Louvain, 1556, p. 166 et suiv. ; — Acisi, 1558, fol. 155; — Poi.ANCo, t. H, p. 769).
2. PoLANCO {loc. cit.) parle sans doute d'Emmanuel Moralez et de François Gonzalez, qui furent exclus de la Compagnie par Xavier en janvier 1552. Les deux autres sont inconnus.
3. Certainement avant le siège de Gilolo qui commença à Noël 1550 (Andrada, P. IV, ch. 83).
habilement dissimulés^ Le capitan de Ternate envoya contre eux quatre cents indigènes et une trentaine de Portugais. Le premier acte de ces derniers fut d'exhorter les apostats à la pénitence. Ils ne furent pas écoutés. Soudain le sol se mit à trembler. Un volcan voisin entra en éruption. Une pluie de pierres incandescentes tomba sur la ville et la détruisit, ne laissant debout qu'une hutte. Les cendres couvrirent le chemin, et, la tempête finie, les soldats portugais purent gagner la ville sans danger. A quatre lieues de là, un autre gros bourg d'apostats fut noyé sous les eaux d'un lac débordé 2.
Là-dessus Jean de Beira quitta Maluco de nuit et en grand secret. Quand il reparut parmi les apostats décimés, apeurés, il ne lui fut pas difficile de les ramener à la foi. En une semaine, il en réconcilia quinze mille ^.
Ce fut, dans les Moluques, comme le signal d'un grand mouvement vers le christianisme. Assiégé dans sa ville ^' de Gilolo, le sultan crut fléchir les Portugais en demandant le baptême. Jean de Beira exigeant le renvoi de tout le harem, l'affaire n'eut pas de suite'' : mais le sultan mourut et son fils accepta l'amitié du Portugal. L'Islam avait perdu le plus ardent de ses défenseurs. Sur quoi le missionnaire écrivait : « Loué soit
1. Il s'agit probablement de trous creusés dans le sol et garnis à l'intérieur de pieux aigus, comme en disposent par exemple les Javanais pour prendre les tigres.
2. La lettre qui nous donne ces détails et que nous abrégeons, due à un homme bien renseigné et qui fut, en partie du moins, témoin oculaire de ce qu'il raconte, écrite en 1553, fut publiée, en traduction latine, à Louvain, trois ans après (Epistolae de stupendis). Polanco l'a résumée dans sa chronique (t. II, p. 7G8-772). Lucena (1. IV, ch. 11), Maffei {Hist. Ind., 1. XV), du Jarric (t. I, p. 680, mais avec une erreur de date, 1553 au lieu de 1550-51), suivent la narration du missionnaire.
Mais, dès 1556, dans le procès canonique de Goa (n. 21. 27, 23), des témoins (simplement auriculaires), apportèrent un récit différent. Xavier aurait accompagné à Tolo le roi Aério et le capitan Bernardin de Sousa, et c'est à sa prière que l'éruption aur.iit eu lieu. Cette version, acceptée dans la bulle de canonisation, a contre elle le témoignage du Père Jean de Beira et comporte de multiples confusions.
Xavier ne séjourna aux Moluques qu'en 1546-1547. Or, à son retour, il déclara n'avoir jamais vu de pluies de cendres {Mon. .Yac, p. 427-428). Les événements en question sont postérieurs, 1560-1.J51. Ue plus, c'est à Gilolo, et non à Tolo, que furent présents ensemble Aério, B. de Sousa et un missionnaire (do Couto, D. VI, 1. IX, ch. 10; Sousa, p. 408; Maffei, loc. cit.).
Pour tout concilier, Baktoli (1. VI, n. 2) et Sousa (p. 417) sont obligés de tuppoter un miracle de bilocation.