Mon. .Ya»'., p. 791, n. 3 ; cf. p. 802, 803, n
nés à mort'. L'année suivante, le Dominicain Gaspard da Gruz visita la même prison, et il nous décrit les longues galeries où, le soir, venaient se coucher en file les centaines de détenus. Une grosse chaîne de fer, passant par des anneaux fixés au sol, puis par-dessus les poitrines, les immobilisaitpour toute la nuit. Une lourde herse en bois s'abaissait encore sur eux, rendant tout mouvement presque impossible 2. Voilà une faible partie des tortures qui attendaient les malheureux étrangers assez audacieux pour violer la frontière, l'enfer qu'acceptait saint François Xavier pour aller porter aux captifs, sinon la liberté, du moins les consolations de la foi.
^lais parviendrait-il à entrer à Canton? Personne ne consentait à le seconder. Les marchands disaient que c'étaitaller à une mort certaine et sans profit : donc ils ne l'aideraient pas. Les indigènes ne se montraient pas plus empressés. Ils risquaient leur fortune et leur tête à introduire un étranger en Ghine^. Pour lui, il devait à la grâce de Dieu qui l'entraînait d'alleraussi loin qu'il pouvait, dùt-il y trouver la mort. Que si la Chine lui restait fermée, il comptait rçvenir à Malacca par le premier vaisseau, et, de là, regagner les Indes'.
Cependant il recueillait tous les renseignements utiles. Il faisait causer les marchands chinois. « 11 ne leur parlait pas des vérités de la foi, raconte Antoine, mais de choses et d'autres, pour entrer en relations. Il répondait à leurs questions; ordinairement il s'agissait de philosophie, comme de la composition du monde, et sujets semblables; et il répondait si bien que les Chinois allaient disant que le Père Maître François leur paraissait un homme bien savant et de très bonne vie ". » De son côté il écrivait, corrigeant d'avance certaines assertions trop absolues de son compagnon : « Tous les Chinois (j'entends les gens honorables et les marchands avec qui nous traitons), paraissent contents de nous voir entrer en Chine, Ils désirent que nous réussissions. » François ne prenait-il pas un peu trop
1. Epistolae Japanicae, Louvain, 1569, p. 154; cf. Gros, II, p. 342.
2. Gaspard da. Gruz, Tractado da China, Liabôa, 1562, ch. 21.Voir la description des prisons de Canton par le baron de HUbner, Voyage autour dit monde, t. II.