‹ Saint François XavierChapitre 723 sur 820 · P. 799, 809; — Valignano, p · texte numérisé non relu

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4. Peut-être simplement Antoine ne comprenait pas le dialecte cantonais, incompréhensible aux Chinois de» « pays mandarins >'.

espère toujours; il est sûr maintenant d'entrer en Gliine. C'est l'affaire d'une semaine. Le 12 novembre, il écrit au Père Ferez : « Encore huit jours, et le marchand qui doit me porter à Canton va venir. Très certainement il viendra, à moins qu'il ne meure, car je lui ai promis une belle provision de poivre. S'il me porte sain et sauf à Canton, il y gagne plus de 350 cruzados < , »

L'apôtre va donc forcer la porte de l'empire interdit. Et après? Peut-être, mais il n'y compte guère, on reprendra le projet d'ambassade. Alors Pereira viendra, accompagné d'un Père que désignera Barzée. Où se rencontreront-ils, Xavier et lui? « Vous me trouverez, écrit le saint, ou prisonnier à Canton, ou à Pékin dans l'ambassade siamoise. » En tout cas que l'on prenne toutes les mesures pour délivrer les pauvres Portugais captifs. «Parmi eux il y a mon ami particulier François Pereira de Miranda, à qui je dois beaucoup pour les charitables services qu'il m'a rendus à Firando.» A Diogo Pereira, il redit une fois encore que, si quelque chose se fait en Chine pour la gloire de Dieu, c'est à lui qu'on le devra. Dieu seul pourra payer sa dette de reconnaissance : mais il veut que les Pères de la Compagnie aux Indes ne cessent de prier pour un si grand bienfaiteur, et il termine par ces mots: « Je n'ai plus rien à écrire à Votre Grâce, sinon que, si j'étais riche, je donnerais un trésor pour avoir des nouvelles de votre santé et de notre vie. Votre serviteur et grand ami de cœur, François 2. »

Par la même occasion, il renouvelle au Père Perez l'ordre formel de quitter Malacca, quelques promesses qu'on lui fasse de s'amender; il fera plus de bien ailleurs^. Enfin, le 13 novembre, Xavier dicte sa dernière lettre. Elle est adressée aux Pères Barzée et Perez. « Mon voyage, leur dit-il, est difficile et périlleux; je ne sais s'il aboutira; mais j'ai bon espoir... Sachez bien ceci et n'en doutez pas : le démon supporte mal que les Pères de la Compagnie du Nom de Jésus entrent en Chine. Je vous le fais savoir de ce port de Sanchoào ; n'en doutez pas. Les obstacles qu'il m'a opposés et qu'il m'oppose

chaque jour, je n'en finirais pas si je voulais vous les énumérer. Mais sachez encore ceci; avec l'aide, grâce et faveur de Dieu Notre-Seigneur, le démon sera ici confondu, et ce sera une grande gloire pour Dieu de s'être servi d'une chose aussi méprisable que moi pour confondre la grande présomption du démon.

« Maître Gaspard, ajoute Xavier, souvenez-vous des avis que je vous ai laissés en partant, et de ceux que je vous ai écrits depuis ; ne les négligez pas. N'allez pas, pour vous en dispenser, vous imaginer, comme d'autres, que je suis mort. Si Dieu veut que je vive, je vivrai ; bien qu'il fut un temps où je tenais plus à la vie qu'aujourd'hui. Je vous parle ainsi pour que vous n'alliez pas user de votre sens, comme, s'il vous en souvient, il vous est arrivé de le faire. Dieu sait comme cela vous a réussi. 11 me serait dur à moi, l'an prochain, arrivant auprès de vous, d'y trouver des affaires à arrangera »

Ainsi, le 12 novembre, saint François Xavier n'avait aucun doute : encore huit jours, il serait sur le continent. 11 sentait cependant que le démon s'agitait: des obstacles allaient s'accumulant. Lesquels ? Par discrétion peut-être, il ne s'explique pas. Eut-il à se plaindre des gens du Santa Croce? Nous ne savons.

Antoine nous dit qu'il fit part des arrangements conclus avec le marchand de Canton au capilan mayor. Qui était ce personnage? le capitaine du vaisseau, Louis d'Almeyda, ou bien cet Alphonse de Rojès mis pardon Alvaro sur le vaisseau de Diogo Pereira, ou quelque oflicier délégué dans cette colonie flottante par les autorités de Malacca ? Nous ne savons. Toujours est-il que le saint voulut prendre son avis. « Il lui demanda l'autorisation d'exécuter son dessein. Le capitaine le pria de ne pas entrer en Chine tant qu'il y aurait là des vaisseaux portugais, parce qu'il pouvait arriver que les mandarins, irrités de le voir sur leur terre ne fissent quelque mal aux Portugais et ne vinssent en armes contre eux : ce que voyant le Père François, et que son entrée immédiate sur le continent pouvait en effet occasionner dommage aux mar-

chands, il se résolut d'attendre que leurs vaisseaux fussent ■sur le point de retourner à Malacca. Alors seulement il pénétrerait à Canton. Si les Chinois, à ce propos, voulaient aller en armes attaquer les vaisseaux portugais, ils ne les trouveraient plus là *. »

Le capilan mayor abandonnait-il ainsi complètement le missionnaire ? Il ne semble pas, car un vaisseau au moins, le Santa Croce, ne devait quitter San-choan que beaucoup plus tard. Un refuge restait donc au missionnaire pour le cas où il ne parviendrait pas à entrer à Canton.

Pour eux, les marchands achevaient leurs affaires, et peu à peu la rade se vidait. Tel de ces départs fut douloureux au saint. Le Portugais qui lui avait prêté sa cabane, n'avait point encore parlé de s'éloigner. Il attendait même une jonque qui devait lui apporter des marchandises. Or un jour le Père, ayant dit sa messe, et, selon sa coutume, ayant prié pour les morts ensevelis à cet endroit, tout à coup leva les yeux, et, regardant les assistants, demanda pourquoi Georges Alvrez n'était pas là. On lui répondit qu'il venait de s'embarquer pour Malacca. Le saint se troubla, et, avec sévérité : « Je ne sais s'il s'en va dans la grâce de Dieu. Où le conduisent ses péchés? Il parviendra à Malacca, mais n'en ressortira plus. Et voilà qu'arrive le navire qu'il avait envoyé. Que n'a-t-il attendu ? » Tous se retournèrent et regardèrent vers l'endroit que, de l'intérieur de la chapelle, le Père avait indiqué. Ils ne virent rien. Mais, quelques heures plus tard, la jonque était là. Une partie de la prédiction était réalisée ; qu'en serait-il du reste ? L'on apprit plus tard que, rentré depuis plusieurs jours à Malacca, et étant allé chercher du bois dans la forêt, Georges Alvrez avait été tué 2. Vers ce temps-là durent s'éloigner aussi, leurs affaires finies, les agents de Diogo Pereira 3. Maintenant l'isolement était complet. François n'avait plus avec lui que l'Indien Christophe et le Chinois Antoine. En rade, restait le Santa Croce avec quelques marchands et les hommes de don Alvaro de Alaïde.

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