Mon. Aac., p
2. P. DK QuADROS, Sel. Jnd. Ep., p. 187, 189. .'{. Proccss. 1556, Goa, n. 12.
'». TuKSELLiNi, 1. V, ch. 12; — Lucena, 1. X, ch. 27, p. 895.
.5. Process. 1556, Cochin, n. 3. — Pour ce qui est de la taille, il n'y a rien à conclura de l'état présent de la relique à Goa. Les corps qui se dessèchent sans se corrompre perdent ordinairement beaucoup de leur taille:
à la hauteur de la poitrine comme pour soutenir ses bras. Sans doute, c'était là son attitude familière. Le visage est irrégulier, maigre, exténué, le nez long et fort, les yeux grands et à fleur de tète, les cheveux rabattus sur le front et un peu en désordre, la tonsure très large, non pas en arrière mais sur le haut de la tête, la barbe courte et peu fournie. Si vraiment nous avons là le portrait de l'apôtre des Indes, il faut avouer qu'il eût pu dire avec saint Paul, son grand modèle, presentia corporis infirma '.
Quant à sa physionomie morale, elle se dégage assez nettement, pensons-nous, de ses actes et de ses paroles. Les dons surnaturels ont fait de lui un grand saint, mais sans voiler le moins du monde, en les accentuant au contraire, ceux qu'il tenait de sa race et de sa famille.
Gentilhomme, rattaché par sa mère à une antique mai.son royale, il garda toujours une certaine fierté. Il y a là une force de l'âme qu'il savait admirer chez les autres, et qu'il n'avait aucune raison d'anéantir en lui. Humble, il l'était à fond, et d'une humilité qui ne se renfermait pas dans le sanctuaire de l'âme. Mais, quand sa personne n'était plus seule en jeu, qu'il sentait derrière lui l'honneur de son Maître, il relevait la tête, et le noble Navarrais se retrouvait dans le saint.
Il possédait, dans tous les sens du mot, l'instinct de l'autorité. Il avait l'art de commander : il le faisait d'un ton péremptoire, qui
1. L'original se trouve dans le Mss. 7C6't de la Bibliothèque royale de Bruxelles, De Chiraçam de Malaca... par Godinho de Eredia. L'ouvrago est une sorte de description de la ville de Malacca ; il est daté de 1616. Le portrait de Xavier porte l'inscription : Relrado ■ de : Micer ; Francisco : Xacicr : da : Ordem : da ; Cojnp : de. lesu. Anno /S'i.'î. Plusieurs particularités sont à noter.
1° La date \'^'û^ est celle du premier séjour de Xavier à Malacca.
2" L'expression Micer Francisco, nous reporte semble-t-il aux origines de la Compagnie dans les Indes, alors que le Père Paul de Camerino était couramnrient appelé Micer Paulo [Sel. Ind, Ep., p. 20, 23, 60, 69, 181). Plus tard on eût certainement dit l'adre Francisco .
À" Au moment où fut dessiné le portrait, les Jésuites des Indes ne portaient plus la loba, mais la soutane européenne (Gros, Vie, \, p. 216).
k° Le geste prêté au saint a quelque chose de trop individuel pour avoir été inventé de cil le par l'artiste.
Ou peut conclure, ce semble, que ce dessin, exécuté en 1616, en reproduit un autre plus ancien, peut-être même contemporain du saint. Si nous ne reproduisons pas ce document iconographique, c'est un peu, nous l'avouerons ingénument, crainte do scandaliser les bonnes âmes pour lesquelles un portrait de saint ne peut être que très beau. O'est aussi parce qu'il nous paraît invraisemblable que saint François Xavier ait eu une oxproseion a'issi complètement dénuée d'intelligence.
n'admettait ni les gloses ni les vaines excuses. Il savait parler non seulement ferme mais dur: puis, soudain, le ton changeait, et la lettre qui s'étendait en reproches, se terminait en caresses, et même en supplications. Avec ses inférieurs, comme avec le roi, sa franchise avait quelque chose d'impétueux : elle disait tout net et tout droit ce qu'elle avait à dire. Elle aimait mieux se taire que dire les choses à moitié. Mais elle était comme doublée d'une tendresse sans bornes. Jean III dut frémir parfois en lisant les rudes avertissements qu'on lui envoyait des Indes : mais cette rudesse même était frémissante d'amour.
Ses affections, toutes fondées sur la divine charité, étaient ardentes, expansives. Qu'on se rappelle ses lettres à saint Ignace, à Simon Rodriguez, sa façon de parler de la Compagnie, « Compagnie de Jésus, compagnie d'amour ». Mais quelle délicatesse de père pour les petits serviteurs, paravers ou japonais, qui le suivaient! Quel intérêt porté aux succès ou aux épreuves des siens! Quelles souffrances quand il sentait qu'ils manquaient à la grâce, et quelle joie quand il constatait leurs progrès !
Basque, il avait de ses compatriotes l'esprit d'initiative, on pourrait presque dire un certain goût des aventures, qui a souvent donné le change et l'a fait accuser d'inconstance: nous nous en expliquerons plus loin. Mais on n'est pas en vain de sa race et de son pays. Ses compatriotes sont travaillés d'une humeur très caractéristique qui les jette sur tous les grands chemins de l'émigration, du commerce, de l'apostolat. Leurs yeux, dit-on, cherchent toujours d'instinct les terres lointaines. Baleiniers, corsaires, capitaines, explorateurs, missionnaires, ils comptent parmi leurs grands hommes : le premier marin qui ait fait le tour du monde, Sébastien d'Elcano ; le premier colonisateur des Philippines, Legazpi; le prédicateur de la croisade antiesclavagiste, Mgr Lavigerie, et le maître des missionnaires modernes, François Xavier. Lui-même, François ne fut pas un isolé dans sa parenté. Un de ses cousins fonda la mission du BrésiP, un autre évangélisa le MogoP, un troisième organisa
1. Le Père Jean de Azpilcueta, missionnaire au Brésil de 1549 à 1555.
2. Le Père Jérôme de Ezpeleta, ou Jérôme Xavier, au Mogol de 1595 à 1617.
des réductions au Mexique ^ D'autres encore eussent voulu partir comme lui pour l'apostolat lointain, à commencer par le Doctor Navarrus qui, à l'âge de quarante-huit ans, s'offrait à le suivre dans les Indes. Rien n'empêche donc de voir, dans les courses sans repos de l'apôtre, l'influence de ce qu'on a nommé l'inquiétude basque'^. Reste à voir si, étant donné la tâche à accomplir, cette influence n'a pas été providentielle. N'était-il pas excellent, pour celui qui devait ouvrir à tout un ordre religieux les terres nouvelles de l'apostolat, d'être un de ces hommes qu'on n'enferme pas facilement dans un cadre fixe? Saint Ignace le connaissait bien, lui qui ne le rappelait en Europe qu'en lui faisant espérer son retour dans les Indes, qui hésitait à trouver excessives ses courses à travers le monde, en se disant que Dieu le guidait. Mais, lui-même, François avait très nette la conscience de deux choses contraires. Il sentait que sa vocation à lui était de parcourir les « terres de découvertes», et que cette vocation n'était pas celle des autres. Il se donnait du large tout au travers des peuples, mais, à chacun des siens, il assignait sa tâche précise dont il ne devait pas sortir.
Il était prompt dans les décisions. Les projets nouveaux, dès qu'ils lui apparaissaient féconds, s'emparaient vivement de son esprit. II ne leur donnait pas d'emblée son adhésion : il réfléchissait, il priait surtout, et longuement; il attendait la lumière d'en haut. Mais avait-il senti qu'à l'attrait personnel correspondait l'appel de Dieu, il n'était pas de volonté humaine qui pût l'arrêter.
Cet élan d'enthousiasme réfléchi et surnaturel qui le jetait dans l'action, il le conservait en pleine lutte. Ce n'est pas qu'il n'ait connu les faiblesses de l'homme. Un jour on dirait qu'il va, par découragement, se sauver en Ethiopie. Les obstacles qui viennent de l'égoïsme des chrétiens le déconcertent, et, c'est lui qui le dit, il s'enfuit au Japon pour les éviter. Mais que le travail le saisisse, il s'absorbe dans sa tâche et ne la laisse que terminée. Il ne craint que Dieu au monde; pourtant il nous a laissé clairement entrevoir qu'à certaines heures de plus grand péril, il a eu peur, et la chair à frémi. Inévitables surprises de