Pierre Lhande, S. J., L'Emig/ation basque, Paris
la nature. La grâce reprend vite le dessus, et c'est où il a le plus pâti qu'il déclare avoir été le plus heureux. Si heureux de souffrir quelquefois qu'on le vit courir, sauter, jongler avec une pomme comme un enfant.
Avec cela, tout un ensemble de qualités morales et intellectuelles qui font de l'homme d'action l'homme de gouvernement, une grande souplesse d'âme et d'esprit. C'est un protestant, H. Bœmer, qui le reconnaît : « 11 était étonnamment prompt à se sentir à l'aise dans le milieu le plus étranger, et à se familiariser non seulement avec les langues (?) mais aussi avec les mœurs et les conditions d'existence de l'Extrême-Orient. Il sut très vite se mouvoir avec autant d'aisance parmi les Hindous, les Malais, les Japonais et les Chinois, que parmi les Espagnols et les Portugais. A cette fraîcheur, cette vivacité et cette énergie de la sensibilité et de la volonté, se joignait chez lui un sens pratique peu commun. Les instructions données à ses collaborateurs surprennent par leur largeur, leur bon sens et leur prudence, et ses tentatives pour constituer les communautés de convertis, par exemple parmi les pécheurs de la côte des Indes, témoignent d'un talent d'organisateur tel qu'on en connaît peu de comparable, même dans l'histoire des missions, si riche pourtant en talents de cet ordre '. » Toutes ces qualités, dit le même historien, faisaient <v qu'on l'admirait, qu'on l'aimait malgré soi, qu'on s'éprenait de lui, qu'on était édifié par sa seule présence 2 ».
Mais ce portrait va-t-il rester sans ombres ? Saint François Xavier n'avait-il pas de défauts? Ni les correspondances du temps ni les témoignages recueillis pour la béatification, ni les anciens biographes ne nous permettent de répondre. Ils ne voulaient qu'édifier. D'autres se sont évertués à combler cette lacune. Malheureusement pour la vérité historique, sous leurs restrictions et leurs blâmes, on sent trop souvent la préoccupation d'atteindre, à travers Xavier, l'Eglise romaine elle-même. Ou bien les reproches n'ont pour base qu'une étude sommaire et incomplète des faits ^. Nous en discuterons quelques-uns plus loin.