‹ Saint François XavierChapitre 730 sur 820 · SousA, t. I, p · texte numérisé non relu

SousA, t. I, p

Est-ce à eux que nous demanderons la vérité sur les derniers jours du saint? Ils les ont racontés, et on les en a crus pendant longtemps. Mais peut-on se fiera leurs rapports? Si leur égoïsme, ou du moins leur imprévoyance, a, en quelque façon, hâté la mort de l'apôtre, ce n'est pas par eux qu'on le saura. Plus tard, lorsque le sentiment populaire se sera fait jour, que Xavier sera glorifié, ne seront-ils pas tentés, dans le récit qu'ils feront de cette mort, de se prêter un beau rôle ? Seules, des indiscrétions permettront d'entrevoir la vérité : on en trouvera la trace dans le mot d'Alphonse de Noronha ou dans les récits, par ailleurs fantaisistes, de Mendez Pinto ^ ; nous ne la posséderons jamais tout entière. Par bonheur, nous avons mieux que leurs relations suspectes.

Quelques années après la mort de Xavier, probablement avant 1560^, le Chinois Antoine, pour répondre à la curiosité d'un missionnaire de Goa qui rédigeait une notice sur le Santo Padre^ lui envoya une relation de ce qu'il avait vu. Vingt ans plus tard, il eut l'occasion de refaire son récit devant le Père Valignano, qui nous en a gardé l'essentieP.

Ce jeune homme, — il pouvait avoir une vingtaine d'années, — méritait d'être le suprême compagnon du saint. Seul, dans l'abandon général, il lui resta fidèle, d'une fidélité discrète et humble, dévouée et bonne, celle qu'on trouve chez les meilleurs de sa race, quand le christianisme les a touchés. François l'avait choisi pour catéchiste et interprète, c'est-à-dire, pratiquement, pour compagnon de prison et de martyre^. Le Père Louis Frois, qui le connut à Goa, en parle comme d'un homme intelligent et pieux, très ouvert aux choses de l'âme •'. Très délicat aussi, son récit offre certaines lacunes où l'on a vu, avec vraisemblance, non un défaut de mémoire, mais le respect pour la réputation d'autrui 6. C'est le Chinois Antoine que, de

1. « En ce lien, il demeura malade dix-sept jours, fort dépourvu des choses nécessaires. Selon ce que me dirent trois hommes qui ne le quittèrent point, soit que cela procédait de ce que quelques-uns, pour se rendre complaisants à qui bon leur semblait, se faisaient accroire que cela ne leur déplairait point, ou bien... etc. >> Ch. 215.

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