‹ Saint François XavierChapitre 740 sur 820 · I. — Le retour à Malacca (17 février-22 mars · texte numérisé non relu

I. — Le retour à Malacca (17 février-22 mars

Deux mois et demi passèrent; le Santa Croce était toujours en rade. Enfin le moment vint départir. C'était le 17 février 1553. « Notre-Seigneur voulut, ce semble, écrit Antoine le Chinois, manifester la sainteté de son serviteur, car j'allai trouver le capitaine et je lui dis : « Eh! donc, Senor, il demeurerait ici le « corps du Père Maître François qui était un saint?» Et lui me répondit : « Je sais certainement, Antonio, qu'il était ce que « vous dites, et que Notre-Seigneur a fait par lui beaucoup de « merveilles; mais que voulez-vous que nous fassions? car je « ne sais si le corps est tel qu'on le puisse emporter. J'enverrai « voir, et, s'il peut être pris, nous le prendrons : il est bien « juste que, l'ayant amené ici, nous ne retournions pas à « Malacca sans lui. »

« Il envoya donc, tcut de suite, un Portugais, homme à qui il se fiait, pour aller déterrer le corps et le porter, si les ossements se trouvaient tels qu'on put le faire. Mais s'il s'en exhalait odeur, on devait l'enterrer de nouveau et le laisser. L'homme alla donc, il déterra le coffre, l'ouvrit, et trouva le corps du Père tout entier, comme quand nous l'enterrâmes, sans puanteur ni mauvaise odeur autre que celle de la chaux qui se trouvait là. Ce que voyant, il rendit grâces à Dieu d'avoir ainsi gardé son serviteur, et il prit un peu de chair, qu'il coupa, je crois, d'une cuisse, afin que, par ce morceau, le capitaine vît comment était tout le corps; et le capitaine l'ayant flairé et n'ayant trouvé aucune mauvaise odeur, loua Dieu, lui aussi, et voulut que l'homme retournât pour apporter

le corps entier, lui ordonnant de le laisser avec toute la chaux, pour rester ainsi durant le voyage, et de bien fermer le coffre, de peur que, sur mer, il ne s'en échappât mauvaise odeur^. »

Un témoin au procès de 1556 dit de son côté : « Voulant voir en quel état se trouvait le corps, nous passâmes la main dessus. Il exhalait un doux parfum, et nous ne pouvions en deviner la cause. « Odeur de musc, disaient les uns, odeur « de myrrhe d'après les autres », et ainsi chacun selon son idée^. »

Les ordres du capitaine furent exécutés. Le corps fut déposé sur le vaisseau, dans la cabine du. pilote. C'est alors peut-être qu'on le revêtit d'une robe de soie toute neuve qu'on avait trouvée dans son petit bagage et qu'il avait emportée pour se présenter convenablement devant l'empereur de Chine ^. Puis le navire mit à la voile ^ Le 22 mars, il était en vue de Malacca, et une chaloupe, partie en avant^, annonçait aux habitants qu'on ramenait le corps du Santo Paclre.

Parti presque en fugitif, François allait rentrer en triomphateur. La pauvre ville avait grand besoin de lui ; elle était toujours désolée parla maladie. Les vaisseaux l'évitaient comme une terre maudite, et, aux autres misères, s'ajoutait la famine®.

Il convenait de faire à l'apôtre un accueil aussi magnifique que possible. A la première nouvelle qu'on rapportait les reliques de son ami, Diogo Pereira avait acheté une quantité considérable de cire et préparé les cierges ^. Quand le vaisseau aborda, la journée était trop avancée pour qu'on pût organiser

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