PoLANco, t. IV, p
dessus Nunez revint à Goa. Peu après il apprenait qu'un vaisseau de Malacca rapportait les restes du saint.
Il n'eut qu'une pensée, avoir au plus tôt son trésor, et il courut chez le vice-roi réclamer une embarcation. Le capitaine qui avait apporté la nouvelle protesta; il voulait garder le plus longtemps possible le cercueil à son bord, sans doute parce que, ce palladium une fois enlevé, il n'était plus sûr du tout d'achever sans encombre son voyage. Mais le vice-roi décida contre lui; et aussitôt le vice-provincial partit dans une fuste avec des frères et des orphelins du collège. Quatre jours après, il rejoignait le vaisseau qui, orné de festons et de banderoles, ne parvenait pas à s'éloigner de Batticala. Les enfants, des palmes à la main, couronnés de fleurs, montèrent à bord en chantant le Gloria in cxcelsis^.
Nunez examina le corps. « Je voulais savoir, dit-il, s'il fallait lui faire une réception comme à un mort ou comme à un vivant. Je le vis, je le regardai de mes yeux, je le touchai de mes mains. J'étais incrédule avant de le voir, mais après, je disais dans ma stupeur : « Memoriam fecit mirahilium suorum misericors et miserator Dominus'^, » Le corps fut ensuite descendu dans la fuste au milieu des salves d'artillerie, et l'on repartit^.
Le jeudi soir, 15 mars, dans la semaine de la Passion, la fuste vint s'embosser à une demi-lieue en aval de Goa, et le cercueil fut transporté dans une petite église de faubourg, Notre-Dame de Ribandar''.
Le Père Nunez profita du repos de la nuit pour examiner de nouveau, portes closes et à loisir, l'état du corps. 11 le sortit du cercueil. Après seize mois, il était encore comme vivant, les chairs molles, la peau fraîche, le teint vif. Le vêtement luimême n'était pas détérioré par la chaux et la terre.
Averti assez tard de l'arrivée de la fuste, le vice-roi "^ ordonna