Epist. Mixtae, t. I, p. 336, 11 sept
d'autres hésitaient encore i, et il fallut attendre le courrier d'automne 1555 pour être sûr de la triste réalité.
Maintenant le doute n'était plus permis : depuis trois ans déjà. Maître François avait reçu sa récompense. Aussitôt Jean III écrivit au vice-roi des Indes :
« Vice-roi, mon ami. Moi, le roi, je vous salue. La vie du Père INIaître François, ses actions, ont été d'un si salutaire exemple, que, à mon avis, il faut les faire connaître pour la gloire de Dieu Notre-Seigneur. Et, pour que cette publication ait plus d'autorité, je vous enjoins ceci. Toutes les belles actions de ce saint homme, les œuvres dépassant les forces de la nature que Dieu a opérées par lui, vivant ou mort, vous en rechercherez partout les témoins dignes de foi. Vous en ferez dresser les actes authentiques avec un très grand zèle, et vous me les ferez parvenir au plus tôt. Rien ne me sera plus agréable. Or voici comment se fera l'enquête : en toutes ces régions, tous les témoins qu'on pourra découvrir, ayant une vraie connaissance des choses dont il s'agit, on les interrogera sur la vie, les actions, les mœurs du dit Père François; en quelles terres et villes des infidèles il s'est trouvé, ce qu'il y a fait. Les témoins prêteront serment et répondront aux questions qu'on leur posera. Vous ferez copier ces enquêtes. Elles seront collationnées par le chancelier de rofficialité et par l'auditeur général, signées par vous, et par eux liées et scellées. Vous m'en ferez parvenir triple copie par trois voies^. »
Le vice-roi auquel s'adressait Jean III était ce don Pedro de Mascarenhas qui avait naguère emmené Xavier de Piome à Lisbonne, grand ami, mais ami sévère et difficile de la Compagnie, l'ondateur de la maison professe de Lisbonne, recours de saint Ignace en des circonstances délicates, homme de conscience austère : les missionnaires des Indes n'eussent pu souhaiter un appui meilleur. En l'envoyant gouverner ses colonies, Jean III répondait delà façon la plus pratique aux pressantes requêtes de Xavier. Malheureusement Mascarenhas était vieux, 70 ans. Il partit quand même, 2 avril 1554, se consolant à la pensée qu'il
1. Ep. S. Ignatii, t. VIII, p. 4/i2, 481, 483; IX, p. 178; — Polanco, IV, p. 559.
2. E. AcoSTA, Rerum a S. J. in Oriente gcslarum. . . fol. 4; — Tursellini, 1. VI, ch. i.
retrouverait là-bas, pour confesseur et conseiller, le Père Maître François Xavier ^.
Il emportait la réponse à un certain nombre de requêtes envoyées parle saint et parle Père Barzée : augmentation des revenus du collège Sainte-Foi, autorisation de diviser le collège en séminaire et école industrielle, transfert à la Compagnie du collège de Granganor, dont le fondateur, fray Vincent de Lagos^ était décédé, donation au collège de Goulam de revenus pour 50 élèves, fondation à Malacca d'une sorte de procure pour la mission du Japon, ordre à tous les capitans de se mettre à la disposition des Pères en ce qui concernait leurs œuvres, ordre de s'opposer au commerce musulman sur la côte de la Pêcherie, prolongation de charge pour certains capitans dont les missionnaires redoutaient le départ, cession définitive à la Compagnie de l'église de Gochin, etc. ^
Hélas ! ni Barzée niXavier n'étaient là pour recevoir des mains de Mascarenhas ces faveurs royales. Le vice-provincial luimême, MelchiorNunez, était parti pour visiter le Japon. Le viceroi ne cacha pas sa déception, et les Pères, qu'il ne trouvait pas à la hauteur de ses espérances, se heurtèrent parfois à sa mauvaise humeur^. Cependant personne n'étaitplusà même de mener à bien l'enquête ordonnée par le roi sur le Père François. Mais, une fois de plus. Dieu enleva l'homme que tout le monde croyait nécessaire. Le 15 juin 1555, Mascarenhas était mort. Il avait pour successeur François Barreto'*.
Barreto était homme de mérite, excellent soldat, mais qui ne pouvait apporter à ce travail le zèle et le savoir-faire qu'eût déployés un ami particulier du saint. On a souvent écrit que, pour faire sa cour, le gouverneur mit une ardeur extrême à recueillir les miracles. Jean III n'avait-il pas écrit : « Que l'enquête se fasse avec soin et rapidité? » On devine, ajoutent les critiques, ce que l'enquête pourra être, une « œuvre d'obséquiosité et de mensonge^ ». Disons ce que fut la réalité.
L'Église n'avait pas encore entouré les canonisations de ces
1. PoLANCO, t. IV, p. 358, 5'i5, 551 ; — Litterae Quadrimestres, II, p. 444; — Gros, II, p. 383; — Do Couto, D. VII, I. I, ch. 3, p. 31.
2. PoLANCO, t. IV, p. 562-565. La cession de Granganor ne fut pas exécutée.