Dickson White
formalités minutieuses qui devraient faire l'admiration des critiques rationalistes, s'ils pouvaient une fois admettre la possibilité du miracle. On suivait les règles, déjà sévères, mais jugées depuis insuffisantes par Urbain VIII, qui avaient fait loi pendant la seconde moitié du moyen âge. Ajoutons que le siège épiscopal de Goa restait vacant; l'autorité manquait donc qui, parlant de haut, eût pu stimuler le zèle des enquêteurs. A peu près seul, le gouverneur, au nom du roi, dirigeait le travail. Puis, note le Père Gros, « la difficulté était grande, vu les distances qui séparent les divers théâtres des œuvres saintes de François... Les témoins meilleurs étaient des marchands, des navigateurs qui ne se fixent nulle part, et qu'il eût fallu retrouver : des païens, des mahométans dont la trace fut vite perdue ; c'étaient des capitaines de forteresses, des agents de l'autorité portugaise qui, leur fortune faite, se hâtaient de regagner l'Europe pour en jouir: « Le procès sur les vertus et miracles de François dans l'Inde, dit à ce propos le Père Lucena, se devait surtout faire, non pas dans l'Inde, mais en Portugal. »
Trente-cinq témoins cependant furent entendus à Goa, neuf à Baçaim, six à Malacca, treize à Cochin, tous Portugais, en tout soixante-trois. G'était encore un beau chiffre. Mais nous ne voyons pas qu'on ait fait d'enquête dans les pays de missions, au Comorin, aux Moluques, au Japon. Certains, dont le témoignage aurait dû être de première valeur, faute sans doute d'avoir été un peu pressés par les enquêteurs, ne nous ont à peu près rien laissé d'important, ainsi François Mansilhas. Aussi le Père Valignano ne paraît pas avoir tenu ce procès en bien haute estime. Dans sa vie de saint Ignace, à propos des miracles de François, Ribadeneira avait parlé des « nombreux et très graves témoins dont les dépositions avaient été recueillies par ordre de Jean III ». Le visiteur des Indes répliquait : « Il suffît de s'en tenir (pour ce genre d'épisodes) à ce qui est écrit à la fin de la première partie de (mon) Historia Indica^ faire mention de l'enquête, en termes généraux, sans approuver, sans blâmer, sans entrer dans le détail ^. »