The North Briftsh Refieiv, t. XIII, p
2. H. Boehmer, Les Jésuites, trad. G. Monod, p. 150. Nous avons supprimé la phrasesuivante : (( Souvent aussi, comme il lui arriva avec les communautés chrétiennes quL se réclamaient de saint Thomas, il ne fait qu'irriter. » Saint François Xavier n'a jamais eu aucun rapport avec les chrétiens de saint Thomas. Boehmer met à son compte les difficultés qu'eurent avec eux les missionnaires Jésuites, cinquante ans après sa mort. Du reste les pages consacrées par l'auteur allemand à l'apôtre des Indes fourmillent d'erreurs grosses et petites.
Le reproche d'inconstance à l'adresse de Xavier a été accepté même par des catholiques.. Un anonyme cité par le Père Bertrand (Mission du Maduré, t. I, p. 2't6), pour prouver que les religieux ne font rien qui vaille dans les missions et doivent C'.der la place à des séculiers, parle de « la course vagabonde d'un prêtre qui s'en va par monts et par vaux... d'un saint François Xavier qui a traversé l'Asie comme un météore !l voulait parcourir le monde, mais il savait bien que rien de solide n'était laissé par lui pour l'avenir ».
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A coup sûr, il y a, pour l'observateur superficiel, quelque chose de déconcertant, dans ces courses sans relâche du missionnaire à travers les terres de découvertes. Nous avons dit plus haut la part qu'il convient de faire ici au tempérament basque. Mais il faut y regarder de plus près et réduire cette « inquiétude » à ses proportions réelles.
Sa tâche était, remarquons-le d'abord, beaucoup moins d'organiser que de fonder. On n'organise pas ce qui n'existe pas : or on peut dire qu'en 1542 les missions n'existaientpoint. Le terrain sur lequel il arrivait était à peu près vierge, sauf quelques points éparpillés sur les côtes ; l'orient était encore une vaste terra incognita. Le premier travail qui s'imposait, c'était d'explorer, donc de parcourir le monde asiatique, d'aller là où des indications plus ou moins précises permettaient d'espérer bonne moisson. Puis, comme, çà et là, de petits coins avaient été ensemencés, un peu au hasard et rapidement, il fallait les visiter, et peut-être reprendre les travaux mal faits. Il nous est facile, à nous, critiques, armés de bonnes cartes et bien au courant de la géographie, de blâmer Xavier et de trouver qu'il a gaspillé son temps. Mais deux choses l'ont empêché de faire ses expéditions apostoliques avec toute la méthode que nous rêverions, ses connaissances trop sommaires de l'Asie et les tâches occasionnelles qui lui imposaient des itinéraires imprévus. Résumons en deux mots ses dix ans de labeurs.
Pourquoi commence-t-il par aller à la Pêcherie? parce qu'il y a là un travail à refaire et qu'il se doit avant tout aux indigènes déjà baptisés? Pourquoi, delà, va-t-il au Travancore? Parce qu'il se présente une occasion immédiate de prolonger de ce côté l'œuvre de la Pêcherie? Pourquoi se tourne-t-il ensuite vers Ceylan? Parce que le mouvement parti de la Pêcherie s'est étendu jusque-là. Ces trois missions se tiennent et se commandent. Pourquoi courir ensuite jusqu'aux Moluques? Parce que Ceylan lui est fermé, qu'on n'a plus tant besoin de lui au cap Gomorin, que nulle part aux Indes il ne voit de terre prêté pour l'Évangile, tandis que là-bas des peuples et leurs rois demandent le baptême, parce que les marchands portugais ont ouvert le sillon et qu'à l'apostolat des laïques il est temps de faire succéder celui des prêtres. Eùt-il, de lui-même, choisi le
lointain archipel comme terre d'apostolat? Ce n'est pas sûr; mais le choix n'était pas libre; il fallait recueillir la moisson que d'autres avaient semée; il fallait sauver les apostats, il fallait, comme à la Pêcherie, inspecter, redresser, promouvoir, assurer l'avenir.
Il revient aux Indes chercher des ouvriers, et c'est alors qu'on lui parle du Japon. Pays exceptionnel. Pas de terre en orient qui soit plus féconde, plus riche de promesses. Faut-il, sous prétexte de ne pas se disperser, remettre à plus tard la fondation d'une chrétienté en celte région? Il y va, constate qu'on a dit vrai, ouvre une mission nouvelle et ne se retire qu'en y laissant des travailleurs. Or il lui semble que rien ne sera plus profitable au Japon que l'évangélisation de la Chine. Il se trompe peut-être, mais c'est par esprit de suite que, du Japon, il veut aller dans cet autre empire. Il meurt au seuil de la terre promise, mais son dernier geste est de montrer à ses disciples ce qui reste à faire.
M. Etienne Lamy a très bien défini la mission de François Xavier. « Un. . . caractère domine et la met à part de toutes celles qui ont précédé : elle fut comme le regard d'un chef qui parcourt le champ de bataille, choisit les emplacements de ses troupes et détermine les moyens de leur action... Il ne tenait qu'à lui de demeurer dans ce (Japon) où son apostolat trouvait sa récompense dans la conversion de nombreux fidèles. Mais cet organisateur voulait moins encore agir immédiatement sur un pays que prendre mesure de l'action à exercer dans tout l'orient... (Il meurt.) Aussitôt, sur toutes les voies qu'il a parcourues, les Jésuites suivent ; partout ils avancent à la fois avec élan et méthode, et leurs entreprises sont comme l'œuvre d'un zèle que la réflexion dirige sans le ralentir*. »
François Xavier a donc été avanttout, comme le dit Boehmer, le pionnier de l'apostolat. Explorer les voies, fixer les postes, choisir les hommes, voilà son rôle de supérieur et de fondateur; à quoi son caractère basque, entreprenant et hardi, ne pouvait que servir. On voudrait qu'il eût fait autre chose, qu'il eût gouverné, administré davantage, qu'il eût fixé quelque part sa
1. La France au dehors. Les missions françaises au xix* siècle, t. I. Introduction ÏApostolat par M. E. Lamy, p. lxvii-lxyiii.
résidence et qu'il y eût enfermé son zèle. C'est mal comprendre les conditions qui lui étaient faites. Avant d'organiser il fallait fonder. Dieu lui donna dix ans et six mois pour cette tâche où il s'épuisa : pouvait-il, en si peu de temps, faire plus qu'il n'a fait? Il n'ignorait pas, certes, que chaque mission veut avoir son travailleur, patient, enraciné dans le pays, persévérant à enseigner sans relâche, sans défaillance, les mêmes vérités, attaché à la même besogne monotone. Cet homme-là, il le fut quelque temps à la Pêcherie; il le serait resté s'il n'avait été supérieur. Mais il avait soin de le laisser toujours derrière lui quand il quittait la mission qu'il venait de fonder, Enriquez et Griminale chez les Paravers, Jean de Beira aux Moluques, Gosme de Torrès au Japon.