‹ Saint François XavierChapitre 789 sur 820 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

7. Thurston, dans le Month, loc. cit., p. 398-399; — STnicHEN, p. 384.

422 COISCLUSION

cents ans, les lois pénales étaient appliquées comme au premier jour. Est-il étonnant après cela qu'une chrétienté de six à sept cent mille fidèles ait disparu ^ ? Le prodige n'est-il pas au contraire qu'on ait pu en retrouver trente ou quarante mille ^ toujours fidèles, après deux siècles et demi d'épreuves inouïes et d'abandon ? Ils n'étaient pas encore découverts qu'un voyageur anglican écrivait : « Tout porte à croire que la dernière étincelle n'est pas éteinte encore, que la flamme allumée par Xavier couve dans le secret, toujours vivante au cœur de ceux qui ont reçu de lui la tradition chrétienne-*. » Bien loin de reprocher au saint et à ses frères la ruine de l'église japonaise, ne conviendrait-il pas de reconnaître qu'ils l'avaient solidement bâtie, puisqu'il a fallu de tels efforts pour la renverser et qu'il en est resté debout de si grands pans de murs ?

Voici maintenant une chrétienté plus heureuse, qui a traversé sans faiblir des épreuves graves, et qui, à elle seule, prouverait que les œuvres de Xavier n'étaient point si fragiles. Les missions du cap Gomorin, plus que d'autres, relevaient du patronat portugais, et il se trouve, contrairement aux affirmations protestantes, qu'elles ont survécu à la ruine politique de leurs protecteurs.

L'épreuve pour elles commença par le scandale. Les missionnaires leur furent arrachés, comme le dit un historien de la Compagnie, manu militari et nionachali, et remplacés par des prêtres indigènes sortis des geôles épiscopales de Gochin^. Survint la conquête hollandaise : nouvel exil des Jésuites, confisca-

1. On a souvent grossi outre mesure le chiffre des chrétiens japonais . Il se peut qu'il y ait eu un million et plus de baptêmes administrés depuis saint François Xavier jusque vers 1640, Mais, d après une relation de l'évéque D. Cerqueira, en 1600, il y avait à peu près 300.000 chrétiens (L. Pages, Christianisme au Japon, Annexes, p. 50). Le nombre des adultes baptisés, qui avait été de 500.000 entre 1549 et 1598, fut, entre 1598 et 1614, de 152.900 et de 25.000 entre 1614 et 1630 : soit 177.900 (Cardim, Batalhas da C. de J. en... JapàOj réédition de Lisbonne, 1894, p. 2-4). Supposons que la population chrétienne de 1600, ait doublé par les naissances en trente ans, et ajoutons les nouveaux convertis, nous arriverons à 7 ou 800.000 chrétiens.

2. Il reBte encore une vingtaine de mille vieux chrétiens, qui n'ont pu se résoudre à reconnaître les nouveaux missionnaires. Krose, La statistique des Missions catholiques (traduit de l'allemand), Bruxelles, 1911, p. 87.

3. L. Olifant, Narrative of the Earl of Elgin's Mission to China and Japan, Londres, 1859, traduction française, 1860, t. II, p. 20.

4. CORDARA, nist. Soc. Jesu, P. VI, t. I, p. 261-262; t. II, p. 541.

tion des presbytères, les églises changées en magasins. Le meilleur prédicant des colonies, Baldaeus, fut appelé de Java pour gagner les Paravers au protestantisme (1658). Mais les prêtres papistes n'avaient pas été très loin. Leurs fidèles savaient les retrouver dans la forêt, et ils résistèrent. Baldaeus, qui nous raconte son échec*, n'ajoute pas le discours que lui fit, à ce propos, le « roi » de la caste. Il est de tradition dans le pays que l'Indien lui répliqua : « Si nous sommes solidement chrétiens, c'est grâce aux miracles que fait notre saint apôtre Xavier dans tous les lieux de la caste. Failes-en autant, et même plus, nous verrons alors ce que nous aurons à vous répondre ^. »

Le prédicant, comme pour se consoler, déclare avec dépit : « Au reste, ils ne savent que Credo^ Patei\ les dix commandements eX-V Ave Maria. » Voici pourtant ce que nous raconte le Père Pierre Martin, qui, vers 1700, parcourait le pays encore ruiné par la domination hollandaise : « Une des choses qui contribue le plus à rendre celte chrétienté si distinguée entre toutes les au très, c'est le soin qu'on prend d'enseigner de très bonne heure la doctrine chrétienne aux plus petits enfants. Cette sainte coutume s'est conservée inviolablement en ce pays-là depuis le temps de saint François Xavier. Il était persuadé que la foi ne pouvait manquer de jeter de profondes racines dans le cœur des habitants, si, dès la première enfance, on les instruisait bien des mystères et des préceptes de notre religion. La suite a fait voir qu'il ne se trompait pas; car nulle part ailleurs dans les Indes, on ne trouve ni plus de crainte de Dieu, ni plus d'attachement au Christianisme que chez les Paravers. Depuis qu'un enfant commence, pour ainsi dire, à bégayer, jusqu'à ce qu'il se marie, il est obligé de se rendre tous les jours à l'église : les filles, le matin, au soleil levé; les garçons, le soir, au soleil couché. Us récitent d'abord tous ensemble les prières ordinaires du matin et du soir, après quoi, se partageant en deux chœurs et demeurant tous assis à terre, deux des plus habiles de chaque ch(i>ur se lèvent au milieu de l'église, et, parforme dedemandes et de réponses, répètent toute la doctrine chrétienne. Après cette première répétition où il n'y a qu'eux qui parlent, ils

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