Gros, II
Les critiques modernes, du reste, ne sont ni les premiers, ni les plus énergiques à formuler ces doutes. Dès la seconde moitié du xvi* siècle, les Jésuites des Indes avaient dénoncé la fâcheuse tendance de Lisbonne à voir les choses lointaines plus grosses et plus merveilleuses qu'elles n'étaient.
Valignano,dans son Historia del principio y progressa delà CompahiadeJesùenlasIndias Orientales, SiVAit raconté plusieurs miracles de Xavier sobrement et soigneusement choisis. Il ajottte, au dernier chapitre de la première partie, parlant des enquêtes de 1556 ^ : « L'information (sur les choses merveilleuses advenues pendant la vie et la mort de Xavier) se fit auprès de témoins assermentés. Gomme on peut le voir (dans les procèsverbaux), on a rapporté beaucoup de miracles en plus de ceux que j'ai racontés... Je ne puis les reproduire ici en particulier, et je renvoie aux dits procès-verbaux. Je n'ai d'autre intention ici que de dire le progrès de la Compagnie aux Indes, de proposer la vie du Père Maître François et des antres Pères à nos Pères et Frères... pour qu'ils aient toujours devant les yeux les travaux soufferts... En cela nous le pouvons et devons imiter, mais non dans les prophéties et miracles... » Ces lignes sont de 1583.
L'année suivante, le Père Valignano et le Père Texeira envoyaient à Rome leurs observations sur la vie du Père Ignace par Ribadeneira, et corrigeaient plusieurs erreurs relatives à Xavier. Pour les miracles, Valignano disait : « Item, ce qui est raconté à la seconde partie de la page 202 et au verso, lignes 10 et 14, est une très grande hyperbole ; à mon avis, elle est tout entière à biffer. En effet, bien qu'à la vérité on raconte beaucoup de choses, il n'y a d'avéré, en fait de miracles opérés aux Indes et au Japon, que ce qui est narré dans la première partie de V Historia Indica [Historia del principio...)... » Plus loin (p. 203) : « Il me semble quMl suffit de reproduire ce qu'on lit à la fin de la première partie àeV Historia Indica, où, tenant compte de ce qui a été écrit jusqu'à présent, il est fait mention de l'enquête (de 1556) en termes généraux, sans approuver, sans blâmer, sans entrer dans les détails^.»
1 Mon. Xav., p. 198.