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CHAPITRE IV

La préparation au baptême Méthodes lentes et méthodes sommaires

En arrivant aux Indes, saint François Xavier trouvait, courant et jugé normal par tout le monde, l'usage des baptêmes précipités et donnés sans préparation. Conséquence peut-être de la manière militaire dont on mène toutes choses en temps de conquête.

Sans doute, au début de l'Eglise, le baptême se décidait et s'administrait en quelques instants. C'était l'âge des prémices, et l'Esprit-Saint, par des lumières soudaines, suppléait au travail des catéchistes. Nous connaissons les faits racontés au livre des Actes :

« Tous ceux qui acceptèrent la parole (de Pierre) furent baptisés, et ce jour-là furent enrôlées environ 3ooo âmes » (II, 41). Le diacre Philippe engage la conversation avec un V03^ageur qui chemine en lisant, et ne comprend pas tout ce qu'il lit. Quelques explications sont données. L'âme de l'Ethiopien est éclairée ; il }'' a de l'eau à portée : « Pourquoi ne pas me baptiser ? — Si tu crois de tout cœur, cela est faisable. — Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. » Et, sur le bord de la route, le V03'^ageur reçoit le baptême (VIII, 20-35).

Cette rapidité ne pouvait longtemps faire loi ; très vite le réghiie des catéchuménats fut ébauché. Le baptême fut désormais encadré entre deux séries de prédications. La pratique n'était pas uniforme. Sans sortir de l'Occident, il semble qu'à Milan saint Ambroise ait insisté davantage sur les instructions qui suivaient le sacrement, et saint Augustin

à Hippone sur celles qui précédaient. Mais la préparation était toujours de rigueur (i).

Plus tard, au temps des barbares et des conversions par masses, on semble souvent être revenu aux procédés rapides. Le récit du baptême de Clovis donne l'impression d'une démarche vivement décidée, vivement conclue. De même les grands épisodes de la conversion des anglais racontés par le Vénérable Bède. On instruisait : nous avons des résumés de catéchèses et des programmes envoyés aux missionnaires par les papes ou les évêques, ou encore fixés par les conciles. A lire ces documents de près, on a l'impression que l'enseignement religieux antérieur au sacrement était sommaire, et laissait beaucoup à ajouter. On mettait en lumière l'unicité de Dieu, la création, par conséquent la folie de l'idolâtrie, puis la venue du Fils de Dieu rédempteur. On donnait un abrégé de l'histoire du monde et de l'économie du salut. On expliquait le baptême, son efficacité, les engagements qu'il comporte, devoirs à accomplir, fautes à éviter, puis les fins dernières, ciel et enfer (2).

Nous voudrions plus de détails, savoir quand et comment on expliquait les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie, par quelle série de leçons graduées on faisait entrer ces choses dans les âmes. Les réservait-on encore pour la dernière heure ? Le baptême administré, que faisaiton pour poursuivre l'enseignement, en ce que nous appellerions les catéchismes de persévérance ? Les canons conciliaires, les sermons, les lettres de ce temps, nous montrent que, longtemps après le baptême, il fallait encore lutter contre les superstitions et même contre l'idolâtrie.

Quant aux missionnaires des siècles postérieurs, ceux du xiii^ siècle par exemple, et du xiv*^, l'étude de leurs procédés n'est pas encore faite. Il faut se défier de certains gros chiffres qui se sont glissés dans les Annales de cet aposto-

(i) Dicf. de théologie, art. Baptême par Bareille ; Dict. d'Archéologie, art. Baptême par D. Leclercq, reproduisant en grande partie le précédent. (3) BareillEj loc, cit., col. 1899.

lat. Est-il vrai que le bienheureux Odoric de Pordenone,

O. S. F., qui fut surtout un grand voj^ageur, ait, au cours de

ses pérégrinations converti et baptisé vingt mille Tartares,

indiens et chinois ? Et si le fait est vrai, comment les a-t-il

instruits, comment a-t-il pourvu à leur persévérance ? On ne

le dit pas.

Nous savons mieux comment les choses se passaient au début de l'apostolat moderne, dans ce qu'on appelait les terres de découvertes : Asie, Afrique, Amérique.

On pratiquait volontiers les méthodes expéditives. Il y a des cas curieux de prédications laïques. Des marins, des soldats, des marchands, coureurs d'océans, chercheurs d'aventure, débarquent, par exemple, aux Philippines ou aux Moluques (i). Ils trouvent là des insulaires fétichistes, haineux ; des corsaires arabes marchands d'esclaves. Ils leur vantent le christianisme, la puissance du Portugal ou de l'Espagne. Là-dessus catéchisme très élémentaire, plantation d'une croix, baptêmes. Heureux quand un prêtre vient achever l'œuvre et instruire. Parfois c'est là le point de départ d'une chrétienté sérieuse : ainsi aux Canaries, en 1404, quand elles furent visitées par le français Béthencourt. Parfois, le plus souvent, c'est l'abandon et le retour au paganisme.

Voici le cas intéressant du Honduras. En i527, le peuple en masse demandait le baptême. Le gouverneur Didace Lopez Salcedo interrogea : valait-il mieux attendre pour baptiser les indigènes qu'ils fussent instruits, ou administrer le sacrement à mesure qu'ils le demandaient ? On répondit d'instruire d'abord : par ailleurs, s'ils étaient très nombreux, et montraient une ferveur vraie, et que les catéchistes fussent en petit nombre, -mieux vaudrait peut-être baptiser sans tarder, pour ne pas laisser échapper l'occasion présente (2).

(i) Saint François Xavier, t. I, p. 353; cf. p. 349. (2) Wadding, AnnaUs Minorum, i5a7, n, 14.

Dans rinde portugaise il semble qu'on se soit attaché de préférence à la seconde partie de l'alternative. Ce fut le cas des Paravers pêcheurs de perles. Exploités par les pirates musulmans, sans défense, ils demandèrent protection au Portugal, acceptèrent d'être chrétiens. Une douzaine de franciscains conduits par le vicaire général de Goa, allèrent baptiser ceux qui se présentaient, quelque 20.000 âmes. Puis, incapables de supporter l'excessive chaleur de la côte, n'ayant pas où se ravitailler, ils revinrent à Cochin : on ne les revit plus. Huit ans après, Xavier dut reprendre la tâche abandonnée.

Le procédé était courant. Le mot d'ordre de Lisbonne étant « faites des chrétiens >>, on faisait des chrétiens, laissant à d'autres le soin de les cultiver. Un nouveau venu écrivait en 1547 : « Population corrompue, sans usage de la raison. Ils se font chrétiens par intérêt, parfois pour une mauvaise fin. Esclaves des musulmans ou des infidèles, c'est pour être émancipés, protégés. C'est pour un bonnet, pour une chemise, pour une bagatelle, pour n'être pas pendu, pour épouser une chrétienne. Les baptêmes se font au galop, sans préparation : aussi beaucoup retournent aux idoles ou au Coran (i). » — « Tout ce qu'ils savent, disait en 1545 le Père Criminale, c'est qu'ils sont chrétiens. « Nous croyons ce que croient les chrétiens », il ne faut pas leur en demander davantage. » Au moment du baptême, on leur a dit en trois mots ce qu'ils doivent accepter. On leur a expliqué le sens du baptême au fur et à mesure que se faisaient les cérémonies. Après quoi plus rien. Pas de catéchuménat. « Raisonnablement, ils devraient rester catéchumènes au moins quarante jours. Il y a obligation. La Summa Silvestrina et VAntonina, ainsi que saint Thomas disent de faire attendre le baptême six mois. Maître Diogo m'a répliqué : « De la sorte vous ne baptiserez personne. Et pourtant une grande partie de l'Inde (!) est déjà chré-

(i) Sekctae Indiarum Episiolae, p. sS.

tienne. En faisant comme vous ditCvS, il n'y aurait pas quatre chrétiens. » Il ajoutait qu'il faut bien agir ainsi ; autrement, pères, mères, parents enlèveraient aux catéchumènes leurs bonnes dispositions. Donc il les baptise vite ; de la sorte ils sont chrétiens, et, s'ils meurent, ils vont au ciel (i). »

Ainsi le passage du christianisme se faisait comme en trois temps : adhésion de l'esprit aux dogmes essentiels, baptême, catéchisme. Seulement, à remettre ainsi le catéchisme après le sacrement, on risquait de l'omettre.

Pourtant il faut tenir compte des circonstances. D'abord un adulte borné, de ceux que les moralistes appellent riides, ne peut recevoir le sacrement sans un minimum d'instruction. Or, il y en a qui sont bornés à ce point que tout ce qu'on peut exiger se réduit à ceci : une acceptation actuelle des articles de foi, et les actes de vertus théologales à mesure qu'on les propose. Les pauvres gens sont incapables de faire plus, ils ne retiennent rien, oublient tout à mesure qu'on les instruit. A plus forte raison sont-ils incapables de rien redire de ce qu'ils ont admis. Faut-il pour autant les priver du baptême ? Or l'expérience est là : la grâce sacramentelle produit parfois des effets inattendus. L'âme s'ouvre. Telle vieille prêtresse des idoles, dans l'Inde, n'arrivait pas à concevoir l'unité de Dieu : « Baptisez toujours, disait-elle, je retiendrai après, je comprendrai. » Elle fut baptisée et, la foi infuse agissant, elle comprit (2).

Donc on allait vite. Une autre raison de ne pas tarder était la crainte que l'acte de bonne volonté qui amenait à la porte de l'Eglise ne durât pas ; que remis à plus tard, l'indigène fût repris par son milieu, sa famille, sa caste ; tandis que le baptême le compromettait une fois pour toutes. C'était croyons-nous, la meilleure excuse qu'on pût alléguer. Seulement l'indigène ainsi enrôlé non seulement

(i) Saint François Xavier, t. I, p. 134.

(3) Abbé Perrin, Voyages dans l'Indoiistan, t. X, p. i3o.

dans l'Eglise, mais dans les cadres d'une société nouvelle, la société indo-portugaise, le plus rude de la tâche restait à exécuter, le catéchisme.

Saint François Xavier, arrivant aux Indes, trouvait donc des tâches commencées, mal commencées parfois, et d'après des méthodes jugées normales, mais que vraisemblablement il faudrait corriger. En attendant, il se mit au travail qui lui parut le plus urgent, instruire la population chrétienne de Goa. Immédiatement il organisa les catéchismes publics. Cet humble et indispensable ministère était un de ceux auxquels tenait le plus saint Ignace, un des ministères essentiels de sa jeune Compagnie. Xavier y mit tout son cœur.

En surplis, la clochette à la main, il allait par les rues criant : « Fidèles chrétiens, amis de Jésus-Christ, envoyez vos fils, vos filles, vos esclaves, hommes et femmes, à la doctrine chrétienne, pour l'amour de Dieu. » Et il entraînait la foule, enfants et adultes, riches et pauvres, portugais et indiens, vers, une chapelle de Notre-Dame, et là, commençait l'exercice que nous décrirons plus loin. Il avait parfois plus de trois cents auditeurs.

Ce qu'il faisait à Goa, il le fit à Cochin, à San-Thomé, à Malacca, à Ternate, dans toutes les stations portugaises. Mais c'est en pleine mission, chez les Paravers, qu'il faut le voir.

Ici encore, ici surtout, l'ignorance était absolue. «Aussitôt arrivé, dit-il, j'ai voulu savoir quelle connaissance ils avaient du Christ Notre-Seigneur. Je leur ai demandé, au sujet des articles de la foi, ce qu'ils croyaient de plus qu'avant leur baptême. Je n'en eus d'autre réponse que celle-ci : « Nous sommes chrétiens. » lis ne savent rien de notre foi ni de ce qu'ils ont à croire (i). »

(i) Momimenfa Xavcriana, I, p. 259.

Donc il fallait catéchiser, et catéchiser sans savoir la langue du pays. Il avait avec lui trois interprètes, et il s'en allait de village en village, prêchant, baptisant les enfants, bénissant les malades, les guérissant aussi. Les adultes le pressaient de questions : il répondait comme il pouvait. Il se mit donc à leur apprendre les prières, à leur expliquer les points capitaux du Credo. Il put constater alors qu'il y en avait de fort intelligents. « Bien instruits, disait-il, ils feraient d'excellents chrétiens. » Mais les conditions dans lesquelles il travaillait sortaient, et notablement, des conditions normales. D'une part insuffisance notable des moyens humains, et d'autre part le miracle. Or, le miracle intervenant, les méthodes sont en déroute, les procédés expéditifs se justifient. Mais on n'est pas pour autant dispensé du reste. Un jour un prodige détermina tout un village, resté idolâtre par crainte de son petit seigneur, à demander le baptême. « Alors, dit le saint, je baptisai les principaux habitants, avec toute leur maison, puis ceux du village, grands et petits. » C'était aller vite en besogne, mais le miracle avait précédé et le catéchisme allait suivre.

Pour simplifier le travail, il fit exécuter par ses interprètes une traduction des prières usuelles et d'une instruction sommaire « sur ce qu'est un chrétien, sur le paradis et l'enfer, ceux qui vont dans l'un, et ceux qui vont dans l'autre. » Instrument d'apostolat fort primitif : cette traduction était des plus imparfaites ; il n'eût su en faire le mot à mot. Mais avec cela, il pouvait s'en aller seul parmi ses indiens: même en l'absence des interprètes, il n'était pas absolument désarmé.

Quatorze mois durant, il alla du sud au nord et du nord au sud, sur une côte d'environ 25o kilomètres, de bourg en bourg, donnant audience aux indigènes, leur enseignant l'essentiel du christianisme à raison de deux leçons par jour, leur faisant réciter les prières.

ce II était réglé, dit-il, que les enfants répétaient à leurs pères et mères, à tous ceux de leur maison et aux voisins

la leçon apprise à l'école (i). » Il y avait donc dans ces villages quelque chose comme une école de catéchisme. A chaque centre il consacrait à peu près un mois. Le dimanche il interrogeait. Le mois fini, il y avait des baptêmes d'adultes à administrer : ceux-là du moins savaient ce qu'ils faisaient en devenant chrétiens.

Et Xavier raconte que parfois il avait tant de monde à baptiser que ses bras tombaient de fatigue. Enfin des auxiliaires purent lui être envoyés, laïques et prêtres, portugais et indigènes : ces derniers indiens de Goa. Le travail alors put s'étendre. On ne voit pas cependant que parmi ces nouveaux venus, probablement des canarins de Goa, aucun ait songé à apprendre la langue du pays, le tamoul. Par conséquent il ne fallait pas songer encore aux confessions, ni aux communions. Le travail était simplifié mais on n'avait que des demi-chrétiens.

Cette phase intermédiaire ne dura pas très longtemps. En 1548, le Père Henri Enriquez, sachant, lui, très convenablement le tamoul, put compléter la vie chrétienne des Paravers. Encore le nombre des prêtres parlant bien la langue reste longtemps petit. N'oublions pas que l'idiome est difficile et que les instruments linguistiques étaient rudimentaires. En i56o il restait encore d'assez nombreux Paravers qui ne s'étaient jamais confessés. La chrétienté se ressentit donc une vingtaine d'années de l'improvisation des premiers jours. Est-ce beaucoup ? est-ce peu ? A ceux qui ont connu les labeurs des fondations en pays nouveau de nous le dire.

Voici maintenant le cas spécial de Travancore et de ses pêcheurs Macuas.

Des circonstances que nous n'avons pas à détailler avaient mis Xavier en relation avec le rajah de cet inté-

(i) Monumenta Xavcriam, I, p. 285, 298.

ressaut coin de terre. Il en avait reçu toute permission de convertir. Le prince comptait se faire de cette concession un argument pour obtenir des portugais un appui dont il sentait le besoin. De leur côté, les Macuas gagnaient à se faire baptiser. On parle d'une inscription gravée sur une colonne près du cap Comorin, d'après laquelle, dès i526, le rajah d'alors exemptait les pêcheurs chrétiens de la côte, vivant dans les villages idolâtres, de certaines redevances locales (i). Si le document, signalé par les archéologues est authentique, les Macuas n'avaient qu'à profiter du décret royal. Ils y gagnaient un allégement d'impôts. Motif naturel, mais motif honnête, et auquel il était facile de surajouter les vues de foi. On voit que les conditions n'ont pas beaucoup changé : c'est continuellement aujourd'hui qu'au point de départ des conversions, on trouve ainsi des raisons d'intérêt humain : il n'en est que plus urgent de ne pas négliger l'instruction religieuse.

Xavier profita de l'occurrence ; car, avec les princes orientaux, on ne sait jamais si l'on peut compter sur le lendemain ; il est toujours bon de les mettre devant le fait accompli. Donc, suivi de quatre prêtres indiens récemment ordonnés, il alla, suivant le littoral. La population était plus rude que sur l'autre côte, indisciplinée; un Père qui la verra après le passage de Xavier dira : « C'est une erreur de croire les barbares faciles à convertir. Plus ils sont barbares, plus il leur est malaisé d'apprendre et de suivre la voie de la vertu ». Par contre les barbares, et donnons à ce mot un sens très large, ont plus que d'autres l'instinct (c grégaire ». Ils se tiennent entre eux ; et c'est par groupes qu'on a chance de les gagner, et surtout de les garder.

Quelle méthode donc employer ? Xavier n'avait pas le choix. Il fallait se hâter-, sans quoi on pouvait tout perdre, et les Macuas, prêts à se donner au christianisme, pouvaient tout aussi bien se faire musulmans si l'Islam leur apportait

(i) Castets, s. J., Ancient Missions stafisUcs, Bombay Examiner, 20 août 1920.

les mêmes avantages. Cela n'est point très idéal, mais il faut prendre les hommes pour ce qu'ils sont, et, dans le début, ne pas se montrer trop difficile. Donc Xavier en revint à la méthode expéditive. A la même date, et pour des motifs semblables il faisait suivre une marche identique chez les insulaires de Manar : là aussi une occasion se présentait qu'il ne fallait pas laisser perdre.

Aujourd'hui, expérience faite, et les circonstances ayant changé, ce qu'on appelle les mass movements, quand ils se produisent, n'exigent plus qu'on brûle les étapes. Même en allant vite, on ne se dispense point des catéchuménats. Xavier ne pouvait y songer encore, et voici d'après ses lettres, comment les choses se passèrent au Travancore.

Il remontait la côte, s'arrêtant là où on l'appelait, ne pouvant suffire à toutes les demandes ; mais il gardait mémoire des lieux où il ne pouvait passer, et se réservait d'}^ revenir ou d'}^ envoyer quelque auxilaire. Il réunissait d'abord les hommes, vieux et jeunes, à part. Il montait sur un tertre pour être vu de tous. Par troia signes de croix, il faisait faire un acte de foi en la Sainte-Trinité. Puis il récitait, les assistants répétant après lui, les principales prières. Suivait l'explication de la doctrine, Credo et commandements. La traduction exécutée à la Pêcherie pouvait servir telle quelle. Cela fait, il demandait à l'assemblée si elle cro^^ait : il reprenait donc chaque article du symbole, et, les bras sur la poitrine, les Macuas répondaient : «Je crois ». Alors, il les baptisait, leur donnait par écrit leur nom de baptême. Après les hommes venait le tour des femmes. Le village une fois baptisé, il présidait à la destruction des idoles. Puis il laissait un exemplaire des prières en langue indigène; il réglait que tous les jours, matin et soir, on se réunirait pour les redire et les apprendre. Après quoi, il passait à un autre village. Il vit ainsi dix ou onze gros centres. Parfois l'assistance était si nombreuse, jusqu'à 6000 personnes, qu'il prêchait du haut d'un arbre. Il y eut aussi des miracles, et en un mois il baptisa 10.000 pêcheurs.

Le système lui paraissait bon, car, se préparant à partir

pour Macassar où attendaient des gens baptisés en hâte et non instruits, il écrivait :

« Je traduirai en leur langue les articles du Credo et les commandements, et j'y ajouterai un bref commentaire. Il est bien juste que, s'étant faits spontanément chrétiens, nous les traitions avec une spéciale faveur. Je traduirai en leur langue le Pater et VAve, pour qu'ils sachent comment demander à Dieu l'accroissement de leur foi et la grâce d'observer sa loi ; et de même le Confiteor, afin que, en attendant que Dieu leur envoie des confesseurs qui entendent leur langue, cette confession quotidienne de leurs péchés leur tienne lieu de confession sacramentelle » (8 mai iS^S).

Les procédés employés par Xavier ne peuvent être jugés dans l'abstrait : il faut les remettre dans les circonstances qui les imposaient. Tels quels, ils ne pourraient plus être recommandés. La méthode lente s'impose partout où l'on veut faire œuvre qui dure, encore que la lenteur et la rapidité soient choses relatives.

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