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APRÈS la conquête de TAngleterre, Guillaume-le- Bâtard, par estime pour Jean d'Allié, abbé de Fécamp, et pour dédommager Tabbaye des pertes que Harold'lui avait fait éprouver dans la Grande-Bretagne, confirma ^ tout ce que le roi Edouard-le-Confesseur avait aumône au monastère. Il voulut aussi que Féglise de Saint- Gervais fût, comme Fabbaye, exempte de la juridiction épiscopale; les évoques, abbés et principaux seigneurs signèrent cette' charte. Le lecteur trouvera, aux pièces justificatives, le vidimus d'une confirmation de cette exemption, confirmation qui fut accordée à Tabbé Estolde d'Estouteville, en 4 405, par Pierre de Luna ou de Lune, cardinal aragonais se disant Benoist XIII. Ce fut alors que Féglise de Saint-Gervais devint prieuré , les prieurés étant des espèces de fermes dépendant des abbayes ; d'ailleurs elle n'a pas porté d'autre nom pendant plusieurs siècles.
Le prieuré de Saint-Gervais était vaste; son exposition au soleil levant qui dissipe les brouillards de la vallée, sa situation à cinquante mètres environ au-dessus de la Seine, et d'où la vue peut s'étendre si loin, tout avait contribué à
' « Essai hislorique et littéraire de Tabbaye de Fécamp, » par Leroax de Lincy, p. 269.
le faire aimer de Guillaume ; aussi il en avait fait sa demeure» et même il y a tenu cour de justice S d'abord en 4064, puis en 1080» sous le nom d'Échiquier.
Les successeurs du Conquérant y tinrent aussi l'Échiquier ; nous voyons, en effet, dans le catalogue des chartes de Tabbaye d'Ardennes ^ :
« N° 5. Acte cyrographe, crénelé et non édenté (suivant l'usage le plus commun), passé à Rouen, l'an de l'incarnation 4494 , à la cour du roi 3, dans le clottre de Saint-Gervais, pour régler un différend entre Fabbaye d'Ardennes, d'une part, et Paul de Baron» sa femme et ses enfants de l'autre, au sujet des fiefs et tennements donnés à cette abbaye par Aiulphe du Marché. »
Rétrogradons un peu, car nous sommes arrivé au plus grand événement historique dont Saint-Gervais ait été le théâtre.
Guillaume-le-Conquérant, au sac de la ville dé Hantes ;en 4087, se blessa si grièvement avec l'arçon de sa selle, qu*il fut obligé de se faire apporter à Rouen. Les suites de cette contusion devinrent de jour en jour plus graves, à cause de l'agitation qu'il s'était donnée en commandant ses troupes et à cause de la chaleur de la saison. Le bruit de la ville, qui était populeuse, lui étant insupportable^, et afin de prendre le bon air, il se fit transporter au prieuré de Saint-Gervais ^ où il reçut les soins de Gislebert Haminot, son ancien
* Floqnet, « Histoire du Parlement, » 1. 1, p. 13.
' a Mém. de la Société des Antiquaires de Normandie, » t. vn, f lérif, Léchandé d'Anisy, p. 2.
* Richard-Cœur-de-Lion.
* Orderic Vital, édit. Aug. Leprevost, t. m, p. 227.
^ E por li mal ki s'engréga, (s'aggrava) Porter se fist à Saint Gervaise, Por ço ke plus li est en aise.
( ft Roman de Roa, » par Robert Waco/ Vers 14224 et suiv^ t. n, p. 292. Edit. Rouen, Ed. Frère, 1827, in-8o).
médecin, qu'il avait fait évéque de Lisieui. Gontard, abbé de Jumièges, assistait Tévéque avec d'autres clercs qui pratiquaient la médecine. Nous possédons, inséré dans AngUea, Normannioa, Hibemiea, Cambriea a veteribus scriptoribus, Francfort, 4603, in-folio, un récit trës-détaillé des derniers iDoments du roi Guillaume, écrit sans doute par un des prêtres qui le préparaient à la mort. Le fond en paraît vrai et offre beaucoup d'intérêt. La longueur de ce précieux fragment (tun ancien livre du monastère de Saint^Étienne de Caen nous a empêché de Tinsérer tout au long ; il peut se résumer en quelques lignes : Le roi languit six semaines, et, sentant les approches de la mort, il aperçut alors la yanité des grandeurs humaines. Il fit d'abondantes aumônes en Normandie et en Angleterre, envoya de Targent à Mantes pour rebâtir les églises qu'il avait incendiées, rendit la liberté à beaucoup de Saxons et de Normands qu'il retenait en prison; enfin, dans un long discours il rappela tous les faits de sa vie, les noms de ses premiers instituteurs et sa reconnaissanceenversTurquetil, son gouverneur. Il disait tout haut ses pressentiments ; l'avenir lui paraissait bien sombre/ et il se demandait quel destin était réservé à ses peuples. € Pendant que le roi Guillaume parlait ainsi, la stupeur s'était emparée des assistants, qui, dans leur prévoyance^ lisaient avec effroi dans l'avenir. Quand Henri, le plus jeune de ses fils, vit qu'il ne lui était rien donné des trésors royaux, S se mit à pleurer et dit au roi : « jSt à moi, père, que me donnes-tu? » Le roi lui dit : € Je te donne 5,000 livres d'argent de mon trésor. » Alors Henri reprit : € Que ferai-je d'un trésor si je n'ai pas d'habitation? Son père lui répondit : € Prends patience, mon fils, et aie confiance dans le Seigneur. Souffre sans te plaindre que tes frères aînés soient avant toi ; Robert aura la Normandie, et Guillaume l'Angleterre; mais toi, quand ton temps viendra, tu auras tout l'empire que j'ai possédé et tu l'emporteras sur tes
frères en richesses et en puissance ^ » Sa prédiction se réalisa
« Enfin, le cinquième jour des ides de septembre ^ (9 septembre 10S7), comme déjà le soleil répandait ses brillants rayons dans Tunivers, le roi, réveillé, entendit sonner la grosse cloche à la basilique n^étropolitaine. Il demanda ce qui sonnait; ses serviteurs lui répondirent : « Seigneur, c*est prime qui sonne à Sainte-Marie ^. » Alors le roi, avec la plus grande dévotion, éleva les yeux vers le ciel, et, levant les mains, il dit : « Seigneur I je me recommande à Marie, sainte Mère de Dieu, afin que, par ses saintes prières, elle me réconcilie avec son très-cher fils, notre Seigneur Jésus- Christ. ]> Après ces paroles il expira. Les médecins et les autres personnes présentes, qui gardaient le roi toute la nuit, le laissèrent reposer sans gémissements et sans bruit, et quand, au manque de respiration, ils s'aperçurent qu'il était mort, ils furent grandement étonnés et restèrent comme fous. Les plus riches montèrent aussitôt à cheval et partirent, se hâtant d'aller défendre leurs biens. Les domestiques et les gens inférieurs de la maison, voyant les maîtres se retirer, enlevèrent les armes, les vases, les vêtements et le linge, enfin tout le mobilier royal, et abandonnant le cadavre du roi, presque nu dans la cour, ils s'enfuirent ^.
Tout avait fui, parents et amis. Ce fut un simple gentilhomme de la campagne, nommé Herluin, qui, par bon
' (c Fragmentam ex antiq. lib., » S. Steph. Cadom.
* Guillaume de Jumièges, k Histoire des dues de Normandie, » dit le 10 septembre, p. 241, trad. Gaizot. — Orderic Vital, « Hist. ecclesiast., » lib. Yii, apud « Script, rer. Normann., » p. 661. — Robert Wace, tome 2, vers 14347 et suiv., dit le 10 septembre. — L'art de vérifier les dates dit : « il mourut le 8 ou le 9 septembre 1087, âgé de 60 ans, après avoir possédé la Normandie près de cinquante-deux ans, le Maine environ yingtrcinq et l'Angleterre vingt et un. »
* Aujourd'hui Notre-Dame.
* <( Fragmentum ex antiq. lib. »
cœur et pour Tamour de Dieu, fit venir à ses frais des ensevelisseurs et un chariot, et fit transporter le cadavre jusqu'au bord de la Seine, et de là sur une barque, par la rivière et par la mer, jusqu'à la ville de Caen.
Nous omettons les piteux et dégoûtants faits qui sui~ virent la mort du Conquérant, frappé dans sa soixantième année i. Ce sont des exemples sur la fragilité des grandeurs humaines ; c'est un thème toujours décrit fort au long par les historiens anglais. Quand Robert partit pour les croisades, il emmena beaucoup de seigneurs avec lui ; les classes laborieuses payaient volontiers les frais de la guerre, mais, en échange, il leur fallait des privilèges ; les artisans voulurent imiter les seigneurs ; ils eurent leurs bannières et leurs devises. Enfin ils formèrent des corporations hors desquelles il n'était pas permis d'exercer l'art 2 et auxquelles on donna des statuts. Les abbayes, de leur côté, qui fournissaient beaucoup, soit en hommes, argent ou approvisionnements, se firent confirmer toutes leurs chartes.
A l'avènement de Henri II au duché de Normandie, les moines de Fécamp, jaloux de leurs privilèges, les firent confirmer par le duc.
Les nombreuses confirmations qui se succédèrent dans le cours des xii®, xiii® et xiv® siècles prouvent que nos moines étaient toujours inquiétés, et par les archevêques et par les héritiers des donateurs. Voulant être en mesure d'opposer des pièces authentiques à des prétentions sans cesse renaissantes, ce n'était pas assez que leurs fondations fussent confirmées par les papes, les seigneurs supérieurs, par les évêques, par les enfants des donateurs et par toute leur famille : ils stipulaient encore dans les actes une infinité de privilèges, d'immunités ; ils y faisaient mettre que leurs
' M. Aagaste Leprevost, note insérée page 298 da 1. 11 du «■ Roman de Rou, » par Robert Wace.
^ Oain-Lacroii.
terres, leurs bois et possessions seraient exemptes de toute sorte de droits : € Ab omni teloneo; pontagio, passagio, foratico, rotatico, salutatico, cespitatico, mutatico, ab omni jure et exactione quacumque, » et sur ce sujet il n*y ayail point de redevances, d'impositions et de levées, qui ne leur tombassent dans Fesprit, et qu'ils n'y fissent employer tout * au long.
Philippe-Auguste, après la conquête de la Normandie, fit h l'abbaye de Ifécamp diverses donations parmi lesquelles nous remarquons que l'abbaye reçoit, pour son prieuré de Saint-Gervais, quelques propriétés sises à Campeaux, aumdnée$ pour quatre fers à cheval et douze deniers de rentes i. . Nous allons voir, dans les quelques faits qui suivent, quel crédit avaient les moines de Fécamp auprès des papes et des rois, et avec quelle jalouse rivalité ils luttaient contre le clergé; nous verrons encore les prieurs de Saint-Gervais chargés de missions de censure.
Farin nous dit qu'il a vu, dans les archives de Fécamp, qu'un certain Paul de Gai prenait la qualité de prieur de Saint-Oervais ; nous avons trouvé nous-méme, aux archives départementales, une petite charte par laquelle ce Paul de Gai, prieur de Saint-Gervais, donne quelques pièces de terre h l'église.
Le même auteur nous apprend qu'Urbain IV donna, en 1261, commission au prieur de Saint-Gervais 2 pour excommunier les détenteurs des biens de Saint-Ouen.
Le temps était aux croisades, et les grands malheurs qui avaient accablé saint Louis ne lui avaient pas ôté la pensée d'aller arracher, des mains des Sarrasins, le sépulcre du Rédempteur du monde. Apprenant que les infidèles ont quelques
* « Hist. de la ville et de Tabbaye de Fécamp, )> Léon Fallne, p. 192.
' « Recueils d'arrêts de réglemcDs et autres arrêts notables donnés au Parlement de Normandie, etc., » par L. Froland, t. i«r. — Pommeraye, « Histoire de Tabbaye de Saint-Oaen, » p. 282.
succès en Palestine, saint Louis Tent.aller les combattre ; il épuisa, k cet effet, toutes ses finances pour les enrôlements ; il signa une infinité de chartes en faveur des villes, des monastères et des seigneurs ; il fit un codicile dans lequel Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, pour avoir prêché la croisade, est un des exécuteurs testamentaires i. Eudes Rigand va partout, il engage les peuples à aller délivrer le toffibean du Christ. Le deuxième jour des kalendes de juillet 486>9, il se rend processionnellement à Taître Saint-Gervais, et, monté sur un échafaud dressé à cet effet, il y prêche devant le seigneur légat en faveur des croisades 2, c'est la dernière fois qu'il devait y prêcher, car quelques mois plus tard saint Louis meurt de la peste au milieu de son expédition ; et nous avons vu plus haut que Eudes Rigaud avait été nommé un de ses exécuteurs testamentaires. Cet archevêque avait trouvé è Saint-Gervais, en 4255, un nommé Jean comme prieur.
En 4271, le prieur de Saint-Gervais est nommé, par une bulle de Grégoire X, commissaire du saint Siège pour empêcher la vente des terres du fief de Saint-Ouen de Rouen ^.
Ce litre de prieur fut fort envié ; c'était à qui s'en saisirait même par fraude. Un abbé de Chartres et un religieux de Jumièges s'en étaient fait pourvoir en cour de Rome. Ils en furent déboutés par arrêt contradictoire de l'Échiquier ^.
Autre fait des plus* curieux, qui se rapporte indirectement à rhistoire de Saint-Gervais, mais trop étrange pour ne pas le consigner ici. Un maire de Rouen, Jean Naguet, fut excommunié par le chapitre de la cathédrale, par suite d'une lutte énergique entre la commune et le chapitre, au sujet de juridictions; l'excommunication durait encore, quanil le
^ Pommeraye, « Archives de Rouen, v p. 282.
' « Regestram visiutiooiim, » publié par Th. Bonnin, p. 629.
* L. Froland, 1. 1.
* FariD, édit. 1668, t. u, p. 224.
maire Naguet vint à mourir. Le chapitre demandait, pour Tabsolution, des conditions exagérées et inacceptables sans lesquelles il refusait la sépulture. Philippe-le-Bel fut averti de ces faits; mais en attendant sa décision, qui pouvait être retardée, les amis et parents de Jean Naguet Tensevelirent au plus vite dans le cimetière de Téglise de Saint-Gervais, qui ne relevait que de Vabbé de Fécamp. Une réponse du chapitre, au vicomte de Rouen, nous donne la fin de cette déplorable affaire ; nous rempruntons à un savant ouvrage de Thonorable M. Chéruel ^
a A sage et honorable personne le vicomte de Rouen , les doyen et chapitre de Rouen, salut dans le Seigneur : Nous avons ouvert la lettre close que vous nous avez présentée, le jeudi après Lsetare Jérusalem, et dont la teneur suit :
» Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à ses amés les doyen et chapitre de Rouen, salut et dilection : On nous a donné à entendre que vous aviez excommunié et fait excommunier, par l'official de Rouen, feu Jean Naguet, jadis maire de cette ville, parce qu'en son nom et au nom de la commune de Rouen, il avait pris, de son vivant, une décision contre vous et votre église; et que, par suite de cette excommunication, on s*oppose à son inhumation. Nous vous requérons de l'absoudre, d'après la forme canonique de l'excommunication que vous avez portée contre lui, et de permettre qu'il soit aussi absous par l'official, de telle sorte que son corps puisse recevoir la sépulture ecclésiastique. En quoi faisant vous nous serez agréables. Donné à Paris, le mercredi après la Mi-Carême. »
« Désirant vivement lui complaire, nous répondrons qu'on a faussement donné à entendre au seigneur roi que nous avions fait excommunier Jean Naguet, ancien maire de
' Chérael, « Histoire de Roaen pendant Tépoqae communale, » p. 189, 190, 298, 299.
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Rouen, par roflScial de cette ville ; nous Tavons, de son vivant, soumis à Fanathème, canoniquement, en vertu de l'autorité apostolique, et nous avons offert à vous-mêmQ et aux autres, qui nous parlaient pour lui, de Tabsoudre d'après la forme ecclésiastique, et nous vous l'offrons encore dans cet écrit. Mais ses amis, avant même qu'on eût reçu la lettre du roi, méprisant l'excommunication qui pesait sur lui, lui avaient donné la sépulture dans l'église Saint-Gervais, de fait seulement, car ils ne le pouvaient de droit. Donné sous le sceau du doyen de Rouen, l'an du Seigneur 4290 (1291), le jeudi apr^s le dimanche de Lsetare Jérusalem (le jeudi 16 mars 1291). »
Un interminable procès s'éleva en 1321 , entre la commune de Rouen et les abbés de Fécamp, à cause des contributions aux aides et tailles que la ville voulait faire payer aux habitants de Saint-Gervais, qui en appelèrent au roi. Les quelques extraits suivants, des archives municipales i, nous éclaireront suflSsamment sur ce curieux passage de l'histoire de la juridiction de Saint-Gervais.
« Certain procez, introduict devant le bailly de Rouen et depuis en l'Eschiquier de Normandie, sur ung lettre, impétrée par les relligieux abbé et couvent de Fescamp, du roy Phylippe, en l'an mil trois cens vingt ung, le septième jour de novembre, par laquelle ledict seigneur mandait audict bailly que sil luy apparoist que les hommes de Saint-Gervais, ressortant de leur barronnie, fussent en possession et liberté de ne contribuer aux aides ni impôts de ladicte ville, qu'il eut yceulx entretenir en ladicte liberté et si aucun empeschement leur avoit esté sur ce donné et pour ce leurs biens prins, qu'il eust à yceulx faire délivrer et en cas d'opposition qu'il eut adjourné lesdicts opposans au prochain Eschiquier pour sur ce procéder, etc.
' Registre U.
» Un vydtnius donné du roi Charles, d'ane lettre et dppoinetements donné en l'Esiehiquier deNonnandye, au terme de PasqneS) Tan mil trois cens vingt trois, comme sur ce descord d'entre lesdicts relligieux et le maire deRonen, pour raison de ladite contribution d'aides, fut ordonné aud. Escbiquier, parties oyes, et déclaré que la sentence donnée par le bailly de Rouen, que les biens des hommes dud. lieu de Saint-Gerrais leur seront rendus, avoit esté dict que par ledit bailly avoit esté bien procédé et que ledict maire Tamenderoit, etc. i.
» Une lettre du roy Charles, donnée à Sainct-Cfaristofle en Halais, le xi« jour de may Tan mil trois cens et vingt trois, addressée aux gens de TEschiquier, comme ledict seigneur mandoit que appelez des sages du payes, qui furent au piedoyer des parties, que s'il leur apparoissoit que aucune chose eust esté fecte contre la coutume du pays qu'ils l'eussent à corriger et remettre en estât, et contient ladicte lettre forme de proposition d'aveux. Sur lequel y a eu longues procédures et jusques en Tan 440^, toutesfois ne si trouve au^ cane décision du dict procès, etc. ^ » .
On ne s'était pas pressé de vider ce différend, car nous voyons que Philippe de Valois, par une charte de 4343, enjoint à l'Échiquier de réviser l'arrêt et d'obéir à un ordre antérieurement donné. La commune, au nom des habitants de la ville, ne voulant pas payer l'impôt à la foire Saint- Gervais, insinua au duc Jean que les impôts qu'il percevait dans Rouen diminueraient, parce que chacun irait s'établir à Saint-Gervais, comme juridiction franche de tout droit et ain d'avoir pleine franchise dans la ville. Voyons les pièces mêmes de ces curieuses discussions.
« Les hommes de Saint-Gervais, disaient-ils, viennent tra-
* L'arrêt de l'Échiquier se trouve aussi aux archlTes départementales, liasse Saint-Genrais, cotte 173. ' ArchiTes municipales, U, I, 113 recto.
ûqner dans Rouen» et ne pourraient même vivre autrement, ns veulent avoir toutes les franclûses et libertés de la ville, mais sans contribuer à aucune des charges. Si on leur accordait ce privilège, les aides levés par le seigneur duc perdraient de leur valeur. Il en résulterait de si graves inconvénients, que la meilleure partie des bourgeois irait demeurer au fief de Saint-Gervais, qui appartient aux religieux de Pécamp, afin d'avoir pleine franchise dans la ville. Rouen serait ruiné, et le seigneur duc ne pourrait plus percevoir ses rentes. Les marchands étrangers déserteraient aussi notre cité pour la ville privilégiée i. »
Le duc Jean, craignant de voir diminuer les impôts qu'il percevait dans Ronen, adressa au bailli la charte suivante, signée le 13 avriH336 :
« Le maire et les pairs de Rouen nous ont représenté que nos amis et féaux, le seigneur archevêque de Rouen et les abbés de Sainte-Catherine, de Fécamp et de Saint-Ouen, soutiennent contre eux plusieurs procès qu'ils s'efforcent de traîner en longueur, et qu'en plusieurs cas, ils ont porté attente à la juridiction et aux droits des plaignants. Ils ont ajouté que, s'ils succombaient dans ces procès, nos droits et ceux de la ville seraient en péril. En conséquence, nous ordonnons que pour les procès actuellement pendants, et pour ceux qui pourraient survenir entre les maire, pairs et habitants, d'une part, et les abbayes de l'autre, si nos droits t^nporels étaient compromis, tu enjoignes à no^e procureur de s'adjoindre aux maire et pairs de Rouen 2. »
Le duc Jean comptait sans son hôte, sans l'abbé de Fécamp» qui jouissait de tout avantage tout le temps que le procès était pendant, et qui par conséquent ne s'empressait pas de terminer. S'il nous fallait donner toutes les pièces de ces procédures,, nous n'en finirions pas ; nous terminerons par
* Chérael, « Hist. de Rouen pendanl Tépocpie coBunanale, » 1 11, p». 137. ' Ibidem.
la note suivante. « Vingt-quatre procédures fectes sur icelluy gaige-plège en TEschiquier de Normandye, depuis 4346 jusques en Fan 4424, toutes foys n'y a aucune décision dudit descord ^ »
La funeste bataille de Poitiers, où le roi fut fait prisonnier (19 septembre 4356), et les pertes immenses qu'éprouva la noblesse, mirent le pouvoir aux mains des bourgeois. Pendant la captivité du roi, le dauphin gouverna, mais sa régence ne fut guère heureuse. Au bout de quatre ans, le roi, par le traité de Bretigny, fut rendu à la liberté et rentra à Paris en décembre 1360. Pour payer sa rançon de trois millions d'écus d*or, son fils ne refusa rien, promit, jura et paya. Charles V, dit le Sage, se fiait peu à la noblesse, et appuyait fort la bourgeoisie, à laquelle il accordait beaucoup. La commune de Rouen sut profiter, et ^ les Rouennais détruisirent le prieuré de Saint-Gervais, sous prétexte qu'en cas de guerre, les ennemis pourraient s'y retrancher et s'en servir comme contre la ville 2. » La pièce suivante prouve assez quelles réclamations firent les abbés de Fécamp pour obtenir des indemnités de la commune ; mais la royauté, qui avait plus que jamais besoin de secours, protégea quand même la bourgeoisie.
« Lettres de Charles, aisné fils du roi de France, duc de Normandye, daulphin de Viennoys, donnée à Paris, le xxii« jour de février l'an mil troys cens soixante ung : Narration fecte que par l'église du prieuré de Saint-Gervais lès la ville de Rouen, la dicte ville povoit estre en péril d'estre gastée, destruicte et perdue ; à cette cause avoit esté par luy ordonné que ladicte église seroit arrasée, démolye et abatue ; toutes fois le prieur dudict lieu s'estoit vanté du depuis faire semondre et tenir en procès lesdicts bourgeois et habitans, qui en ce avoient acomply le commandement et ordonnance
' Archives municipales, U, 1, 113 verso.
^ Ghérael, « Histoire de Rouen, époque communale. »
dudict seigneur ; à cette cause estoit maûdé au bailly et vicomte de Rouen que se ledict prieur, ou autre pour lui, persevoit de faire aprocher lesdicts bourgeoys et habitants audict lieu et ailleurs) ils eussent à contraindre quelque part [que] se fust par prinse et détemption de tout son temporel en quelque lieu qu'il fust, sans en faire, si ce n'étoit que par son ordonnance, délivrance aucune, jusques à ce qu'il eust repparoy et redressé tantost et sans delay tout ce que faict auroit au contraire et d'en faire telle amende audict seigneur comme ledict bailly et vicomte verront estre à faire raison i. »
* Gbéruel, « Hist. de Rouen sous la domination angloise an xy« siècle, » Notes, p. 5.
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